Irgendwann werden wir uns alles erzählen Review

Une histoire d’amour, teintée de politique, qui s’inspire du romantisme allemand mais joue avec les lumières dorées de l’été et des champs de blé. Un gâchis, où un chat mort tombe amoureux d’un châtelain louche, et la fin est aussi tragique que dans un roman russe.

Il était une fois Emilie Atefun réalisateur qui il y a cinq ans, en 2018, a beaucoup fait parler 3 jours à Quiberon, un film plutôt beau qui a d’ailleurs été présenté à la Berlinale et qui a remporté plusieurs Oscars allemands. Ce film était assez beau, aussi parce qu’il parlait d’une grande actrice, belle aussi, Romy Schneider, jouée là par une bonne (et belle) Maria Bäumer.
Il était une fois Emily Atef, et on se demande où elle estparce que c’est nouveau Un jour on se dira tout c’est un film qui n’a que peu ou rien de beau : pas même une photographie saturée qui insiste de façon un peu ridicule sur les reflets dorés de l’été rural germanique jetés sur ses protagonistes.
En présentant le film sur papier, Atef a en quelque sorte averti : il y a de riches doses de romantisme allemand dans ce film. Pas d’orages et de bois sombres, car, comme nous l’avons dit, nous sommes dans une campagne ensoleillée, mais romantique, voire caricaturale, c’est l’un des personnages du film.
Mais allons-y étape par étape.

Nous sommes en 1990, et donc au lendemain d’une réunification difficile, aussi et surtout d’un point de vue économique et monétaire : celle entre les deux Allemagnes. Dans une ferme frontalière, aujourd’hui inexistante, vit une famille, et cette famille héberge la jeune Maria, âgée de dix-huit ans environ, petite amie du jeune Johannes. Les deux partagent un grenier, ils s’aiment. Lui, au moins, avec l’âme sensible d’un artiste, l’aime certainement. Dès le début, dès la toute première scène, elle ressemble à un chat mort en train de lire Dostoïevski, se promène dans les champs et n’a envie de rien faire. Mais Maria pose ensuite les yeux sur le voisin louche, un homme d’une quarantaine d’années qui vit seul, avec deux chiens féroces (qu’est-ce que le film signifie pour nous ?) et deux chevaux, dont un étalon (et ici, peut-être, aussi ?).
Sans surprise, ça sort d’un dialogue, le voisin louche est aussi un gros lecteur. Méfiez-vous des gros lecteurs.

A ce stade, même les moins astucieux d’entre vous auront compris que Maria se retrouve dans les bras musclés de son voisin louche.qui s’appelle Henner et qui l’aime avec une passion colérique, s’explicite dans des scènes de sexe qui font un peu rire à cause de cette certaine attitude animale de sa part.
Et peut-être aura-t-on aussi compris que l’attirance de Maria pour Henner au détriment de l’amour romantique pour Johannes est une métaphore à deux faces de l’attraction/répulsion de ceux qui ont vécu jusqu’alors à l’Est et sont attirés par l’Occident séducteur. et d’un capitalisme déjà un peu sauvage, surtout si on le compare à la dynamique économique de la RDA.
Et peut-être, encore une fois, quelqu’un aura aussi compris que Dostoïevski elle n’est pas évoquée au hasard, dans un film qui, à sa manière, tente de reprendre le fil des discours philosophiques russes, sans saisir ni leur profondeur ni, encore moins, leur capacité à tisser des intrigues et des histoires.

L’important, pour Emily Atef, c’est que tout soit clair et que tout s’additionneque tout est infusé de lumières dorées comme des poils pubiens féminins, que le Henner tourmenté est la version explicite presque jusqu’à la parodie d’un châtelain romantique (allemand) grossier et passionné du XIXe siècle, que Maria, belle qui séduit la bête, continue toujours sa propre façon de jouer au chat mort.
Pour nous, l’important est de rentrer chez nous et de laisser derrière nous le film et sa banalité.