Zhang Lu en lice pour l’Ours d’or 2023 avec un film fait de silences et de détours, de références à la nouvelle vague et de raisonnements intenses sur les héritages qui se transmettent de génération en génération. Revue par Federico Gironi.
Chaque festival a ses favoris. Là Berlinaleparmi les siens, compte des Chinois Zhang Luqui a déjà été sélectionné par le passé avec des films Rivière du désert, Rivière Dooman Et Fukoka. Sans compter que l’actuel directeur du festival, Carlo Chatrian, l’a voulu à Locarno dans ses années suisses avec Gyeongju.
Accordé, alors, que celui-ci est nouveau aussi La tour sans ombre (titre original: Bai Ta Zhi Guang) est en lice pour leOurs d’or 2023. Pas pour cela, cependant, le film Zhang c’est à sous-estimer.
Dans un Pékin clairement suspendu entre passé et futur (comme cela arrive presque toujours dans certains films chinois « de festival », depuis des années), un personnage étrange se déplace résigné, on pourrait presque dire refoulé, Gu Wentong: une critique gastronomique populaire mais sans le sou, divorcée avec une fille de quelques années qui vit avec sa sœur et son beau-frère. Gu, qui porte des chaussures vieillissantes, et qui se cache de la vie derrière une éducation et un formalisme tellement exagérés qu’elle a fait dérailler son mariage, attire en quelque sorte l’attention du jeune photographe bien plus exubérant qui travaille avec lui, et découvre en même temps que le père qu’il n’a pas vu depuis l’âge de cinq ans est bel et bien vivant et l’a toujours observé de loin.
Autour de Wentong, son père et le jeune photographe (qui, spéculairement, voit finalement Wentong comme une figure plus paternelle qu’un partenaire possible) déplacent d’autres personnages, amis et famille, qui aident le spectateur à composer une mosaïque de relations et d’émotions mises en scène par Zhang avec une grande précision formelle, des images fortes cinématographiquement, et une rigueur absolue dans la maîtrise des sentiments.
Avec une liberté de style et d’écriture qui ne frôle jamais l’avant-garde, mais qui joue tout au plus avec la suggestion de l’imbrication des époques et des figures, courtisant de manière personnelle la nouvelle vague français comme coréen, La tour sans ombre raconte l’histoire d’un homme hors de son temps et du rythme de la vie, contraint d’enquêter sur son identité, le sens de la paternité et de la filialité, les raideurs lâches qui l’empêchaient d’accepter véritablement ses choix, et les personnes qui l’entouraient. Et cela parle aussi de l’éternel retour des personnages et des tensions auxquelles, de gré ou de force, nous sommes tous contraints.
Comme dans tous les films chinois, on mange, on boit, on chante et on fume beaucoup, mais celui de Zhangqui ne devient jamais dépressif ni pessimiste, est en tout cas un film aux tonalités automnales, crépusculaires, où l’histoire est dominée par des espaces et des silences, des détours, des allégories et des symbolismes.
Tout va bien, mais rien n’est jamais vraiment passionnant. La tour sans ombre trouve ses limites dans ces mêmes particularités qu’il met en évidence chez son protagoniste: une propension excessive à attendre, un sang-froid admirable mais quelque peu rigide, qui devient un obstacle plutôt qu’une valeur.