Examen de la piscine à débordement

Le nouveau film du fils de David Cronenberg, qui jusqu’alors n’avait pas mal tourné, est pratiquement un désastre assez arrogant, dont le plus beau est un décor assez original et le fils forcément fait vertu. Au casting Alexander Skarsgård et Mia Goth. Revue par Federico Gironi.

La meilleure – ou la moins pire, si vous préférez – chose à propos de Piscine à débordement c’est son réglage. Au sens du lieu où se déroule l’histoire qu’il raconte, celui qui voit les protagonistes Alexandre Skarsgård, Mon gothique et quelques autres acteurs plus ou moins connus. Il est écrivain en vacances avec sa femme (Cléopâtre Coleman), elle est là avec son mari (Jalil Lespert), ils se connaissent, les deux couples se fréquentent, puis il y a un accident, avec Skarsgård qui écrase et tue un local avec sa voiture, puis une arrestation, et la découverte de la création de substituts pour les coupables qui sont condamnés à mort à la place des riches en vacances et puis toute une série d’autres choses que nous ne sommes pas ici maintenant pour anticiper.

Le cadre, disions-nous, est celui d’un complexe exclusif dans un pays inventé appelé Li Tolkace qui est intéressant car c’est quelque chose entre un paradis tropical d’Asie du Sud-Estcomme le suggèrent certains éléments (les caractères de l’alphabet local, les masques folkloriques, certaines attitudes et certaines couleurs) et un enfer d’un cauchemar du vrai socialismecomme beaucoup d’autres le suggèrent.
C’est une invention assez originale, qui est sans doute aussi fille de faire de nécessité vertu, étant donné qu’il s’agit d’une coproduction croate et que le tournage a eu lieu en Croatie : et d’autre part l’histoire du cinéma se fait aussi de ces ajustements nécessaires qui se sont révélés plus tard créatifs et heureux.

Malheureusement, cependant, cette âme double n’est pas Li Tolkapour être pertinent dans Piscine à débordement, ni dans l’ensemble son être un pays dangereux et corrompu, qui a trouvé le moyen de monétiser les crimes de ses touristes arrogants et colonialistes avec le stratagème surréaliste des substituts. Car de là, de ce premier incident il voit Skarsgård se retrouver dans un commissariat et condamné à mort, toute une série d’enjeux vont alors surgir qui verront progressivement notre protagoniste glisser dans un cauchemar éveillé fait de dissolution extrême, de drogue, d’orgies, de perte de soi. Un cauchemar dont, évidemment, il finira par être la victime, après l’illusion initiale d’exaltation et de liberté.
D’origine, non ?

Possesseur m’avait en quelque sorte trompé que dans Brandon Cronenbergfils d’un tel père il y avait un peu de talent et de personnalité, mais ici le (pas trop) jeune Brandon accumule une quantité exubérante de clichés les assemblant avec l’air de celui qui en sait beaucoup, et veut révéler ce qu’il avait invisible jusqu’à présent.
Mais vraiment, Brandon Cronenberg ? Avec le couple respectable trompé par le couple transgressif, les vacances de rêve qui virent au cauchemar, les illusions de l’ego et celles de la drogue, l’arrogance de l’argent, la corruption du tiers-monde, la perversion de l’Occident ?
Avec une mise en scène qui même dans les années 1990 n’aurait pas été avant-gardiste et efficace, et que dès le départ, un mouvement de caméra insensé qui bouleverse tout peut être compris comme spécieux ? Avec des nus jamais vraiment courageux et donc patinés, avec des scènes colorées, l’énième sosie de Skarsgård utilisé comme chien pour l’amusement des riches et des pervers ?
La critique la plus agressive, sur les réseaux sociaux, a déjà défini Brandon Cronenberg une « sòla déplorable, malheureuse, ignominieuse et déshonorante » : devant ledésastre arrogant qu’est Infinity Pool, il est difficile de lui en vouloir.