Une fille et une chaise cassée autour du Japon pour le sauver de la catastrophe. Une aventure magique et colorée, touchante et pertinente pour le deuil national du tsunami de 2011. Critique de Mauro Donzelli sur le film de Makoto Shinkai.
Qu’est-ce qui relie un adolescent, un chaton, une chaise sans patte et la tragédie de Fukushima ? Juste deux heures et l’anime du maître le plus visuellement virtuose du genre, Makoto Shinkaï, vous le révélera avec un spectacle vraiment satisfaisant. Si c’est (presque) toujours le parcours du héros qui caractérise l’animation et le cinéma japonais de l’auteur de Nagano, en Suzume nous nous installons pour la suivre, 17 ans et venant de l’extrême sud, l’île luxuriante de Kyushu, dans cette préfecture de Miyazaki qui déclenche immédiatement un sourire ravi aux amateurs d’anime. De là, nous nous aventurons dans pratiquement toutes les îles du Japon, en passant par Tokyo et Fukushima, scellant d’une suture cinématographique réussie le terrible deuil collectif lié au tremblement de terre et au tsunami qui ont ensuite provoqué la catastrophe de la centrale nucléaire..
Un rendez-vous, 11 mars 2011, qui apparaît à un certain moment dans le récit et, selon le réalisateur, beaucoup au Japon lui-même ne déclenche rien, surtout les plus jeunes qui étaient trop jeunes à l’époque, le public principal pour lequel cette collection de films de 100 millions de dollars à la maison est visée. Vraiment pas mal, mais parlons d’un auteur comme Makoto Shinkaï adoré du public, titulaire avec Votre nom du troisième anime le plus rentable de tous les temps avec près de 400 millions de dollars dans le monde.
Un voyage qui commence avec un charmant jeune homme, un peu plus âgé que Suzume, qui cherche une porte. Les deux se rencontrent et ils devront sauver le Japon du désastre, tandis que la terre tremble et que de violents monstres rouges se détachent dans le ciel. La fille a la bonne sensibilité pour saisir le surnaturel derrière le bouleversement et a le courage de quelqu’un qui a grandi orpheline, seule avec sa tante, et sa mère n’est restée qu’un souvenir. L’élaboration d’un deuil privé devient collective, entre l’instabilité d’une chaise sans pied et celle d’un pays habitué à tremblermais rappelez-vous encore la catastrophe d’il y a un peu plus de dix ans, pas différente de celles qui l’ont frappée au cours des siècles.
Un archétype classique comme celui de la porte à (ne) pas traverser, terrain de communication entre des temps et des lieux différents, marque cette histoire de passage à l’âge adulte qui confirme le grand talent visuel de Makoto Shinkaila possibilité de créer des personnages secondaires ayant chacun leur pleine dimension, qu’ils soient drôles ou espiègles, solidaires ou désinvoltes.
Dans le contexte d’un Japon lumineux et sombre, avec une nature variée et splendide, traversant toutes les conditions météorologiques et états émotionnels, Suzume représente un spectacle pleinement satisfaisant, métaphorique et audacieux, capable d’émouvoir et de divertir, parfois en même temps. Simple et en même temps capable de synthétiser des dynamiques stratifiées dans le temps et dans la mémoire collective, d’ouvrir des lueurs d’espoir sans nier l’inévitable conflit, le deuil à surmonter à partir d’une prise de conscience. Bref, l’animation japonaise à son meilleur, renouvelant son envergure également en Europe en revenant à la compétition à la Berlinale vingt ans après La ville enchantée par Miyazaki.