La terra delle donne, qui est la première œuvre de Marisa Vallone, nous emmène dans la Sardaigne rurale du siècle dernier, où la société était matriarcale, le christianisme et la spiritualité païenne coexistaient et la nature était une mère et non une marâtre. L’avis de Carola Proto.
Dans le centre-sud de la Sardaigne, dans la première moitié du siècle dernier, la septième fille d’une famille entièrement féminine était considérée comme une « coga », c’est-à-dire une sorcière. Les cogas ne pouvaient pas avoir d’enfants, mais leurs sortilèges et leur capacité à interpréter les signaux de la nature étaient la garantie d’un rôle social et donc de respect. Les cogas étaient forts, instinctifs, parfois dangereux et surtout solitaires, tout comme la protagoniste féminine de Le pays des femmespremière œuvre hypnotique et « synesthésique » du réalisateur de Bari Marisa Vallon. Son film, tel un poème de Quasimodo, Baudelaire ou Rimbaudcapte non seulement la vue et l’ouïe, mais remet également en question les autres sens, et ce parce qu’il établit un lien viscéral avec la terre et l’eau, symbole de renaissance, de renouvellement, de purification et de la vie elle-même.
Mais revenons un peu en arrière, en précisant que Le pays des femmes est né de la rencontre entre deux artistes ayant dans les yeux le feu sacré de l’inspiration et l’envie commune de raconter une société solidement matriarcale liée à la magie. Les deux artistes sont les mêmes Marisa Vallon et l’actrice Paola Sinisarde comme le personnage principal de l’histoire (Fidèle) et convaincu que, quel que soit le voyage que le destin nous réserve, ce que nous sommes nous suivra pour toujours. Il ne voulait pas d’un film à petit budget là-bas Sini, mais une représentation fidèle d’un monde qui survit loin de la société liquide à laquelle nous nous sommes parfaitement adaptés. Il a fallu sept ans pour trouver les bons prêteurs, mais cela valait la peine d’attendre, car la reconstruction de l’environnement est excellente, la caméra de Marisa Vallon plus qu’une danse émouvante, tandis que la photographie de Luca Cossin réussit à capturer parfaitement une nature qui est une amie (au moins de Fidèle) et qui accueille l’être humain dans une multiplicité de matrices, par exemple des grottes et des puits. Le tout dans un scénario où l’influence de la peinture préraphaélite est visible.
Si on parlait de ventre c’est parce que Le pays des femmes c’est aussi une tentative réussie d’embrasser le mystère de la maternité sous ses diverses formes. En effet, dans le film, il y a la maternité acceptée et la maternité rejetée, la maternité naturelle et la maternité adoptive, la maternité exigée et jugée et la maternité qui devient une obsession, comme dans le cas de Mariannala sœur aînée de Fidèle. Marianna (Valentina Lodovini) part en Belgique à la recherche d’un remède contre son aménorrhée, pour ensuite rentrer chez elle en affichant une continentalité qui ne lui appartient pas au fond. Il est clair qu’un thème comme celui-ci cache le besoin de la réalisatrice de parler de la charge d’attentes, de responsabilités, de préjugés, voire de violence, qui pèse sur les femmes d’hier et d’aujourd’hui, mais cela n’empêche pas Le pays des femmes un film féministe. Simplement, les hommes partent en guerre et sont tués, ou sont sauvés et font l’histoire, alors que les femmes régulent le fonctionnement de la société, seulement il arrive encore qu’elles ne soient pas mises en situation de le faire.
Fidèle il est essentiel pour les villageois, car il donne naissance aux femmes et enlève le mauvais œil. Pourtant, la coga aux longs cheveux noirs porte les « yeux pointus » du peuple, qui la jugent sans la connaître. Mais Fidèlequi a tout de suite accepté son sort, devient plus forte et plus sûre d’elle lorsqu’on lui confie Bastien, un autre septième enfant né d’une relation illicite entre un soldat et une paysanne. Et puis une nouvelle vient s’ajouter aux mères citées plus haut : féroce comme une ourse avec ses petits, mais à la fois douce, attentionnée et protectrice. Bastien devient alors l’outil deautonomisation De Fidèledans une recherche d’identité qui passe par l’acceptation de soi et son anticonformisme, illustrée par cette robe violette qui contraste avec la couleur claire des routes poussiéreuses et le vert des bois.
Une autre dialectique intéressante, ne Le pays des femmes, est celle entre la religion chrétienne et la spiritualité païenne. Dans ce cas également, les opposés s’attirent, ou plutôt coexistent joyeusement, et parfois se mélangent, dans un cycle continu de renouvellement. Cependant la nature survit en se régénérant continuellement, tandis que « pour les hommes, comme pour les bêtes » à un certain moment la mort survient. Et puis les masques du Mamuthones que nous voyons de temps en temps dans le film ne sont pas seulement le symbole de cette partie de nous que nous montrons aux autres, mais, représentant traditionnellement des prisonniers ou du bétail soumis à l’homme, ils nous font penser aux chasses aux sorcières et à leurs victimes. Commencé au XVe siècle à la suite de la bulle papale Summis desiderantes affectibuspromulgué par Innocent VIII, a marqué la victoire de la peur sur l’énergie, au sens de prana, force vitale. Cependant, l’énergie est renouvelée et, de subtile, elle peut devenir invincible et omnipotente, donnant dignité et résolution à tous. Fidel du monde.