Au rythme de la marche

Un écrivain et promeneur dans les montagnes et la campagne de la France profonde réagit à un accident stupide et grave. Jean Dujardin parcourt les chemins les plus reculés du sud au nord dans un film qui ouvre le Trento Film Festival. L’avis de Mauro Donzelli.

Des hommes fuyant dans la nature pour panser leurs blessures. La divinité de la vie « dans les bois » ne pouvait manquer, Henry David Thoreau, en tant qu’esprit directeur directement référencé dans cette histoire de rédemption, avec son avertissement « la guérison est un processus végétal ». Et puis c’est précisément le long d’une zone presque dépourvue de végétation, parmi les sols caillouteux d’altitude, qu’on le voit apparaître pour la première fois Pierrecélèbre écrivain protagoniste de Rythme de marche De Denis Imbert. Pour une fois un titre italien d’une grande efficacité, voire supérieur à l’original Sur les chemins noirsqui met en lumière les terrains inexplorés dans lesquels il s’aventure Pierredu sud-est à l’extrême nord-ouest de la France, par récupérer des blessures graves d’une chute accidentelle. Sentiers oubliés, noirs contre blancs, tracés et suivis par des randonneurs occasionnels ou plus experts.

L’histoire est fidèlement inspirée d’un livre autobiographique, on dirait de non-fiction, de Sylain Tessonautrefois l’un des protagonistes de La panthère des neiges, succès de la dernière saison entre aventure et exploration. Caractère de intellectuel de tranchée, loin des salons littéraires, un voyageur qui semble sortir d’une autre époque, très populaire chez nous, chez nous en Sibérie comme à Bornéo. Mais c’est justement dans la France oubliée qu’il veut s’aventurer pour se remettre d’un accident grave, moqueur idiot et urbain, lié à sa faiblesse, l’addiction à l’alcool, qui le confronte soudain à sa fragilité, lui, habitué à se considérer comme une sorte de super-héros, trop agile pour utiliser les escaliers pour monter aux étages supérieurs des immeubles. Beaucoup plus pratique pour les escalader. Qui mieux que Jean Dujardin, avec son charme brut mais élégant et son visage burlesque. L’acteur oscarisé est convaincant dans ce chemin qui plaira aux amateurs d’espaces ouverts, de promenades silencieuses et de réflexions profondesceux dans lesquels une intersection à haute altitude représente une métaphore directe pour d’autres chemins à choisir dans la vie arrivant à la fin du voyage.

Quand on marche ainsi, on est dans un ailleurs auquel Imbert superpose par flashbacks les événements qui ont conduit Pierre, le célèbre écrivain, à imposer une complexe récupération de son physique meurtri de cicatrices, contre l’avis des médecins. Une structure narrative qui sonne plus comme une césure fausse et intempestive qu’un parcours beaucoup plus intéressant comme celui de l’heure, maintenant, à haute altitude, peu de mots et de nombreuses visions engageantes. Il aura été une preuve renouvelée d’espaces ouverts, de liberté et d’envie de se remettre dans le jeu suite à la pandémie, en plus de la popularité de Tesson à Dujardin, pour décréter le succès aux proportions inattendues en France.

tu mérites Rythme de marche il en a pour lui rythmes bien calibrés, quand aucune méditation et réflexion ne sont suggérées, quand il construit un voyage aléatoire dans lequel l’homme est une petite figure insaisissable qui disparaît dans la plénitude des scénarios qui l’entourent. Elle aide la souffrance et la sobriété obstinée de Dujardin, aux prises avec cette ligne d’ombre moins explicite mais tout aussi cruciale par rapport à celle de l’adolescence, où la vie adulte s’empresse de dépasser largement l’âge mûr, où la mort apparaît implacable pour nous rappeler les limites, mais aussi le potentiel de cette petite figurine que représente Pierre, que nous représentons tous, face à l’énormité de ce qui nous entoure.