AKA examen

Alban Lenoir et Eric Cantona jouent dans ce film d’action sombre et rugueux qui mêle violence explicite et sentimentalité sèche et silencieuse. La critique d’AKA par Federico Gironi.

Adam Franco est dur. Très dur. Un homme d’arsenal, une arme fatale, un personnage qui semble surgir d’un passé, celui du cinéma d’action, quand aucune forme d’ironie, de légèreté, de dédramatisation.
Adam Franco se tait: tout au long du film il dira oui et non trois mots croisés. Ce qu’il a à dire, il le dit avec son corps, avec des actions, avec des faits.
Adam Franco, comme nous le dit le prologue qui le présente, est aussi impitoyable: nous pensons qu’il a été capturé par des guérilleros en Afrique puis les a exterminés pour libérer la journaliste qu’ils avaient kidnappée, mais ensuite, étonnamment, il la tue aussi.
Adam est impitoyable car impitoyable est le système pour lequel il travaille, qui n’est pas une organisation criminelle ni une entreprise mercenaire, mais le gouvernement français. Mieux : les services top secrets sous les ordres du gouvernement français.

Et en effet dans ALIAS Adam, après cette mission là-bas dans le prologue, est rappelé par le gouvernement en France pour capturer un terroriste en fuite avant qu’il ne commette un attentat. Et le moyen le plus rapide de le trouver sera d’infiltrer le gang d’un patron de la pègre, Victor Pastore, qui est un vieil et cher ami du terroriste, et qui dans le film est joué par Eric Cantona.
Alors bien sûr, Adam est tout ce que nous avons dit, un masque silencieux et peut-être peu expressif, mais délibérément, mais c’est aussi un homme, et comme tout homme il a un talon d’Achille, ou plutôt un points faiblescomme disent les anglo-saxons, et que points faibles, pour des raisons personnelles que nous ne dévoilerons pas ici afin de ne pas compromettre le plaisir de visionnage, il y a des enfants. Les enfants aiment le fils de Pastore, mais pas seulement.

Adam Franco est Alban Lenoirpersonnage curieux, ancien cascadeur mais aussi dramaturge, acteur de films bruts et d’action (il s’est fait connaître avec Un Françaisfilms dans lesquels il était un nazi-skin qui tente de changer sa vie), mais aussi de films d’auteurs comme Crevettes pour tout le monde ou Visage d’ange. Ici, il n’est pas seulement un protagoniste très solide et carré, mais aussi co-scénariste avec le réalisateur Morgan S. Dalibert (avec qui, toujours pour Netflixtravaillé à Balle perdue et sa suite).
Lenoir Le physique du rôle faire du héros d’action dur à cuire et silencieux a tout, et ça marche bien; mais, comme son personnage, il est aussi un être pensant, pas seulement un corps utile pour éliminer les ennemis.
ALIAS alors oui, bien sûr, c’est un thriller d’action capable d’être inhabituellement brutal pour le panorama moyen du streaming et du cinéma théâtraloù l’on n’aime pas la subtilité et les morts, les coups très durs, les éclaboussures de sang (un peu trop du jeu vidéo, il faut le dire) ne manquent certainement pas.

Et encore AKA ce n’est pas un jeu vidéo. Et en effet il a l’ambition de raconter une histoire teintée d’une sentimentalité sèche et, pour cette raison, efficace, et qui se caractérise par un ton morose et pessimiste qui est là pour se jumeler à certaines vilaines réalités du quotidien.
À ce qui est clairement un chemin vers la rédemptionla rédemption d’Adam, ALIAS parallèle à la condamnation d’un système de pouvoir dénué de tout scrupule ni de respect pour la justice et la vie humaine. Et la façon dont il le fait, bien que peut-être légèrement simpliste, est aussi inhabituellement radicale.
Bref. AKA fonctionne, Lenoir fonctionneet en plus il y a aussi canton, exceptionnellement contenu. Aussi au casting Souabe Alvitiet une jeune actrice à surveiller, Lucille Guillaume (en tant que fille aînée de Pastore).