Ezra Miller est même l’âme double de The Flash, le cinecomic qui marque l’une des étapes les plus convaincantes de l’univers DC ces dernières années. L’avis de Mauro Donzelli.
C’est la première fois qu’il y a une histoire sur lui, cependant Barry Allenalias Le flash. Tout commence, plus ou moins, dans une chambre, comme si on était dans le Queens de Peter Parker, mais ce départ des origines par le garçon le plus rapide des mondes n’est nullement désenchanté. Il ne parle pas de sa journée comme si c’était celle d’un lycéen comme beaucoup en Amérique. Barry veut remonter le temps pour changer le passénotamment empêcher un événement lugubre, autre constante des comics de super-héros, comme la mort de la mère. Son mentor, qui lui déconseille vivement de s’aventurer dans une telle entreprise, est Bruce Wayne. Bref, il n’en est pas un comme beaucoup d’autres. Il a passé l’âge mûr, il est joué par un homme ressuscité et quelque peu rajeuni Michel Keatonet sait ce que signifie devenir orphelin.
La chronologie, ces univers qui seraient créés, de manière exponentielle, pour chaque petit changement. Un supplice devenu le pain quotidien des cinécomics d’aujourd’hui, et menace pour la santé mentale d’un spectateur qui perd même pour un instant la concentration maximale requise par les multivers, multiplication de différentes versions d’un même super-héros et divers gâchis. Précisément ces dérives qui ont causé la désaffection des lecteurs pour les dieux pendant de nombreuses années des bandes dessinées qui ont toujours claironné la mort de quelqu’un, pour bientôt se tromper avec une résurrection, plus récemment assaisonnée de variations de sexe, d’ethnie, de culture ou autre pour répondre à de nouveaux marchés et à une société de plus en plus attentive à l’inclusivité. Le résultat a souvent été la perte de l’épopée, de la gravité de la mythologie antique dans une version moderne, à travers les promesses de marins, de « tout vendre pour une fermeture totale ».
Ici on ne saute pas sans conséquences d’un point à un autre dans ce maudit carrousel inarrêtable que représente le temps. Bien que nous soyons confrontés aux pouvoirs de Le flashou plutôt deux de ses versions, une bâtir sur des bases solides la spirale sombre mais inéluctable d’un personnage d’une épaisseur rarement vue dans les adaptations BD au cinémaespèce récente. Un tourment pleinement shakespearien pour le coup, bien loin des bouffonneries (certes pas saines de légèreté) trop souvent chassées ces derniers temps, notamment par ceux du Marvel Cinematic Universe. Pas de flatterie ni de dérives eschatologiques sur la plus belle, entre sauvetage d’espèce et changement de planète.
Les deux Flash complètent l’inévitable bipolarité d’un homme/super-héros, qu’il soit vestimentaire et civil ou transformé plus tard par un costume et une mission. Une vision qui déstabilise, rendu par la folie si humaine d’un magnifique Ezra Millerheureusement resté en place même après les mésaventures judiciaires dans la vraie vie. Il parvient à apporter une grande énergie et même une solitude effrayante à un Flash se heurtant à un destin à sens unique, avec ces événements charnières où il n’est pas possible, pas même pour lui, de remonter le temps, de bondir à travers l’univers. Il y a des moments, pour les personnages que l’on voit à l’écran comme pour nous qui regardons, où il faut composer avec son destin, avec la réalité, vaincre la fragilité, à la recherche d’un sens des responsabilités qui semble souvent insaisissable.
Les Flashs ont leurs propres moments ironiques, ils sont drôles et leurs aventures ont juste ce qu’il faut d’actionainsi que des visites ciblées d’autres personnages DC du gang Ligue des Justiciers. Découvrons comment Krypton est peuplé de plus d’un super-héros en costume avec le S bien visible, et que Batman a un mouvement passé au cinéma, en termes d’interprètes. Bien sûr, il y a un méchant « habituel » comme le Général Zod à vaincre, mais surtout, et c’est la grandeur surprenante de The Flash, Barry va devoir se battre avec lui-même, avec son côté humain qui frise l’obsession tenace de un Dieu de l’antiquité. Puis on sort et on se retrouve dans la chambre, comme d’habitude. Mais ce qui s’est passé entre-temps est un voyage intérieur et spectaculaire qu’un cinecomic ne nous a pas donné depuis longtemps.