Le premier réalisé par Raphaël Balboni et Anne Sirot, intitulé La folle vita, raconte avec respect, délicatesse et originalité l’existence d’une femme atteinte de démence et la réaction de son fils, qui apprend une importante leçon de vie. L’avis de Carola Proto.
Le titre anglais de La vie folle et la « règle » de l’étiquette selon laquelle dans la société il ne faut pas parler de maladies ou d’enfants ou de femmes au foyer nous disent quelque chose sur les deux extrêmes entre lesquels se déplace le film Raphaël Balboni Et Anne Sirot, première œuvre belge. Il y a d’un côté la peur d’être jugée par les autres, en l’occurrence la honte d’avoir une mère atteinte d’une maladie neurodégénérative et donc ingérable comme une petite coquine. D’autre que Fou dans la vie qui ressemble tellement follement amoureux (ce qui veut dire follement amoureux) fait allusion à un mode de vie extravagant et, oui, un peu fou, qui pourtant, au fond, est l’expression d’une liberté : des codes sociaux, des bonnes manières, du besoin d’être toujours en ordre et de dire le bon mot au bon moment.
Les protagonistes de La vie folle ce sont deux trentenaires – Alexandre Et Noémie – qui décident d’avoir un bébé. Mais quand à la mère de Alexandre, qui est une dame respectable propriétaire d’une galerie d’art, est diagnostiquée d’une démence sémantique, le jeune couple se retrouve en état d’attente, de suspension. « Children’s Time » s’arrête alors, et le film, qui démarre brusquement, presque brusquement, entre bientôt dans le vif du sujet. Au bout de quelques minutes, en effet, il s’affiche Suzanne qui est déjà devenu indiscipliné et capricieux, et autoritaire, contrairement à la mise en scène, qui n’est jamais envahissante ni voyeuriste. De plus, les problèmes pratiques que Alexandre Et Noémie ils se retrouvent à devoir se résoudre à empêcher l’avancée de la rhétorique. Il arrive donc presque immédiatement que Alexandre rejeter la nouvelle version de sa mère et avoir honte des ennuis qu’il cause. Le fait est que Alexandre il fait quelque chose qui ne devrait jamais être fait dans de telles situations, ni lorsque nous tombons malades ni lorsque cela arrive à nos proches. Alexandre il s’oppose à la maladie, il la combat. D’abord il le nie, puis il l’entrave, puis il y fait face avec un total sacrifice de soi et finalement le cache aux autres. La vie folle devient ainsi, plus qu’une chronique d’un trouble mental, un bildungsroman, un manuel d’instructions non pas tant sur la façon de traiter une personne malade que sur la façon de se libérer de l’embarras pour l’étrangeté ou la conduite inconvenante des autres.
Grâce à la sublime interprétation de Jo Deseurequi a accepté l’idée de se passer de maquillage et de montrer les signes de la vieillesse et d’un laisser-aller toujours plus grand, nous assistons au rapide et crédible débâcle De Suzannecomportement de plus en plus irrationnel, augmentation de l’hyperactivité et de la surexcitation caractérisée par une compulsion de répétition bruyante. Pendant ce temps, la démence de la pauvre femme « contamine » la vie et menace de détruire le bonheur de Alexandre Et Noémieet pour rendre ce concept encore plus clair, les réalisateurs habillent les personnages du même tissu qui recouvre les murs de leur chambre ou l’abat-jour d’une lampe de chevet, signifiant une invasion de hauteur toujours croissante qui détermine une incapacité totale à réagir.
Évidemment, un spectateur distrait ne remarquera pas immédiatement ces détails et ne se rendra compte qu’au bout d’un moment que, même dans les moments les plus dramatiques, par exemple lorsque Suzanne cesse de parler et de sourire, et devient catatonique à cause d’une forte dose d’antipsychotiques, Crazy Life recherche la légèreté et la mêle à la poésie : celle d’une créature volcanique qui s’amuse à écouter la version heavy metal du Quatre saisons De Vivaldi ou qui fait une licence avec des ciseaux et du carton. Et au fait, à la fois dans les moments drôles et dans les moments déchirants, Raphaël Balboni Et Anne Sirot ils veulent que nous soulignions que tout malade a droit à la dignité et surtout au bonheur, et à tourner sur cette roue gigantesque qui Alexandre regarde souvent par la fenêtre, surtout à l’approche du soir ou de la nuit. Et si le bonheur c’est de faire un gâteau au chocolat, de parler à un enfant qui la considère comme une paire, c’est bien. La démence sémantique est une réalité très difficile à accepter, surtout si la personne qui a du talent l’a, mais si vous pouvez transformer la douleur en amour et vous abandonner à un statu quo bizarre et imprévisible, alors l’enchantement enfantin de Suzannesa spontanéité, et peut-être une curieuse habitude qu’il avait à 4, 5, 7 ans, peuvent devenir la nouvelle mesure de la joie et de la légèreté, ainsi qu’une invitation à vivre selon ses propres règles et en dehors des sentiers battus.
Délicat comme peut l’être le cinéma belge ces derniers temps, surtout quand les sentiments sont en jeu. La vie folle est un petit bijou précieux, une invitation à ne pas s’autocensurer et surtout à prendre soin des autres, avec affection et compréhension, et à jouer le jeu de Béatqui a toujours trouvé quelque chose de bien même dans les situations les plus tristes.