La revue des voyeurs

Écrit et réalisé par Michael Mohan, c’est un film qui tente de faire revivre un sous-genre aujourd’hui presque complètement abandonné et très populaire dans la première moitié des années 90. La critique de Federico Gironi sur Les Voyeurs.

Devant un film comme Les Voyeurs peut sans doute être très facile et immédiat de la part du cinéphile, je dirais presque natureltirer au milieu Alfred Hitchcock Et Brian DePalma. Même parce que Michel Mohan – réalisateur et scénariste de ce film Amazon d’origine, quelqu’un qui n’a pas l’air stupide du tout, et qui est certainement très malin – prend son temps pour pousser le spectateur là-bas. Non seulement avec l’intrigue, mais avec toute la référence ostentatoire aux regards et aux yeux, dans les chansons de la bande originale (elle s’ouvre sur les notes de « Yeux sans visage » dans la version de Ange Olsen) et dans la profession du protagoniste incarné par Sydney Sweeneyqui est un jeune ophtalmologiste.
Le fait est pourtant que Mohan ne songe même pas à se proposer comme héritier de ces deux géants, alors qu’il est manifestement très intéressé à recueillir un autre témoin, non moins pertinent à sa manière : celui de ce thriller érotique celle entre la fin des années quatre-vingt et le début des années quatre-vingt-dix, portée principalement par l’extraordinaire succès de films comme Attraction fatale Et instinct primaire, avait connu un moment d’énorme popularité parmi les producteurs et le public. Un exemple clair et pertinent pour le film Mohande ce point de vue, c’était argent De Philippe Noyce: qu’à Sharon Stone De instinct primaire flanqué le Baudouin nerd et beau, William. Ici, plus que le Fenêtre sur cour tu détestes Meurtre au feu rouge, Les Voyeurs Regarder argentet de nombreux autres films – peut-être directement en vidéo, car c’était directement sur la plateforme – de ce type et de cette saison.

Une grande partie de ce cinéma là-bas, qui avait certainement une racine commune dans les deux Hitchcock que dans DePalmaet qui mettait souvent l’accent sur relation entre le regard et le désirc’était pourtant un certes « faible », cinéma commercial, qui n’affichaient pas du tout d’ambitions auctoriales et intellectuelles, et qui peut-être pour cette raison même ont souvent réussi à toucher leur cible avec plus d’efficacité et de précision que des films plus snob. ET Les Voyeurs il reproduit ce schéma sans hésitation.
L’intrigue est simple, banale, et pour cette raison irrésistible à sa manière : Sweeney Et Le juge Smith Je suis un jeune couple qui vient d’emménager ensemble dans un joli loft toutes fenêtres à Montréal, et qui se rend compte que je suis de l’autre côté de la rue (Ben Hardy Et Natasha Liu Bordizzo), également équipés d’immenses fenêtres qui ne sont jamais grillagées, font l’amour plus souvent sans se soucier d’être vus.

Mohan, qui est aussi un homme, fait un film d’un point de vue purement fémininsurtout du point de vue du désir, et est donc le caractère de Sweeney (dont le nom est Pippa : il n’y avait évidemment aucun italophone parmi les consultants du film) à devenir obsédé par ces voisins. D’abord parce que, c’est facile à comprendre, elle est un peu frustrée sexuellement et essaie ainsi de mettre du piment dans sa relation (mais quand même il ne se montre pas à la hauteur, et elle est déçue) ; ensuite parce qu’il découvre que le voisin qui scrute avec désir (et qui est photographe…) trahit son prochain à chaque occasion. Et lorsque la voisine arrive par hasard sur son lieu de travail pour se procurer de nouvelles lunettes, et devient ainsi son amie, Pippa se décide à devoir l’aider, l’informant des trahisons de l’homme.
Les plus observateurs d’entre vous auront déjà compris que ce que voit Pippa est ce qu’elle veut voir, ou peut-être ce que quelqu’un d’autre veut qu’elle voie, et que plus ou moins à partir de ce moment-là – le moment où Pippa veut dire la vérité à son voisin – avant, Les Voyeurs il procédera rapidement en alternant rebondissements réels ou présumés, plausibles ou téméraires, qui, pour l’essentiel, servent à mettre en scène un renversement constant des points de vue et des situations de pouvoir.

Le jeu de Mohan est prévisible, sans aucun doute. A supposer qu’on puisse les définir comme telles, ses ambitions thématiques sont somme toute limitées, reprenant des réflexions déjà faites sur la pulsion scopique, ou les réactualisant, non sans pertinence, mais à juste titre en des temps où les réseaux sociaux sont devenus les immenses fenêtres sans rideaux ni volets à travers lesquelles nous épions la vie des autres, nous obsèdent, et laissons (nous souhaitons) les autres espionner la nôtreà l’usage et à la consommation des grandes entreprises qui nous trompent avec ce qu’on appelait autrefois les « petites clauses », et qui sont aujourd’hui devenues ces pop-ups sur lesquelles on clique automatiquement sur « accepter et continuer » parce qu’on n’a pas le temps de PERDRE : bouge pop up et montre moi la vie des autres.

Parfaitement en phase avec notre époque, en Les Voyeursc’est aussi qu’il est patiné, de ce papier glacé qui combine l’esthétique des années 90 avec celle d’Instagram: et donc tout est beau, de cette fausse manière où tout le monde, plus ou moins, est beau en ligne, où même si vous ne l’êtes pas, on vous dit la même chose et puis on bavarde en privé.
Mohan joue aussi avec ruse avec cette patine, nous cueillant et nous taquinant, et en même temps montrant le sexe et les corps (les grands protagonistes sont les seins décidément enviables de Sydney Sweeneyqui n’a jamais eu beaucoup de mal à se montrer) avec très peu d’irrévérence contemporaine.
Bref : dans les thèmes comme dans l’aspect de son film, Mohan sait très bien fouiller (comme lorsqu’il joue malicieusement avec le verbe « venir »), mais il le fait avec une conscience inhabituelle, qui libère Les Voyeurs du détritus, au sens labranchien, justement grâce à cette conscience de soi. de son. Et le résultat est sans effort et indéniablement amusant.
Le réalisateur a pratiquement un autre film prêt : un film d’horreur se déroulant en Italie et intitulé Immaculéprotagoniste à nouveau Sweeney. À ce stade, la curiosité abonde.