Ne l’appelez pas Forrest Gump ou A True Story : The Unpredictable Journey of Harold Fry, c’est l’histoire d’un réveil et d’une douleur enfin vécue. L’avis de Carola Proto.
Il s’agit plutôt d’un juste milieu entre Forrest Gump Et Une histoire vraieavec lequel il a plus d’un élément en commun, Le voyage imprévisible d’Harold Fry c’est le portrait d’un pays – évidemment l’Angleterre – qui se reflète dans un personnage et ses vicissitudes. Ce n’est peut-être pas la première chose qui vient à l’esprit de suivre pendant 800 kilomètres un homme sans qualités qui entreprend de dire au revoir à un vieil ami mourant, mais si l’on s’éloigne un peu de l’idée et des clichés du road movie, et parmi nombre d’autres références, le « thriller cardiaque » avec Jim Broadbent cela apparaîtra immédiatement plus profond qu’il n’y paraît.
Harold Frire, tout d’abord, il est perdu comme l’est un pays qui a quitté l’Europe et se retrouve seul face à un nouveau statut, un changement. Comme en Grande-Bretagne, Harold Frire il a dressé un mur entre lui et les autres, de sorte que tout ce qui, dans d’autres circonstances, semblerait naturel, est devenu difficile, même la communication avec sa femme. Il va sans dire que le Brexit s’est aussi révélé être une barrière encombrante, une porte se terminant par des barbelés, un aucune infraction qui découle d’une résurgence du nationalisme. Fry n’est évidemment ni agressif ni militant, mais sa passivité est aussi néfaste que son refus de voir qu’au pays de Big Ben, le fossé entre les riches et les pauvres, par exemple la monarchie et la classe ouvrière, se creuse de jour en jour.
Peut-être le réalisateur Hettie MacDonald n’a pas voulu faire un film-manifeste mais simplement transformer un livre en film, mais il est indéniable que dans le regard à la fois interpellant et ahuri du fils de Harold Et Maureen nous comprenons le malaise de ces garçons et filles fragiles ou sans ambition qui s’étourdissent avec de l’alcool et des pilules. Nous en avons rencontré beaucoup dans les films de Ken Loach, et ils sont restés là où nous les avons laissés, avant tout pour lutter contre le chômage, qui ne dépend pas de l’invasion de « l’étranger » et qui dans notre cas est illustré par une femme médecin qui ne trouve du travail que comme domestique. Enfin, il y a les gens qui soutiennent Harold dans sa longue marche, qui ne sont pas les « monstres » qui ont rejoint la course d’un Forrest Gump déterminé à se remettre d’une déception amoureuse en parcourant des kilomètres et des états. Les hommes et les femmes qui suivent Harold Je cherche quelque chose ou quelqu’un en qui croire, et je ralentis toujours M. Frirel’obligeant à fuir la nuit pour rejoindre son ami au plus vite Gweenie.
Reconnaître un Le voyage imprévisible d’Harold Fry cette valeur symbolique, c’est aussi pardonner sa naïveté, liée avant tout à l’écriture (qu’il s’agisse du scénario ou du roman de Rachel Joyce d’où tout est né), car si le début du film est poétique et surprenant, mais aussi plein de promesses, alors l’histoire devient un peu monotone et prévisible, ponctuée de rencontres avec « les bonnes gens habituels » et de petits problèmes pratiques du protagoniste. Et peu importe quoi Hettie MacDonald a changé Le voyage imprévisible d’Harold Fry par ordre chronologique afin d’obtenir un crescendo d’émotions, de vérité et surtout d’effort pour les pauvres Jim Broadbent. De plus, on comprend immédiatement comment le film va se terminer, et la manière dont la fin est atteinte n’est pas si convaincante.
Cela dit, force est de reconnaître que les imperfections du film semblent disparaître face à la sublime interprétation de Jim Broadbentqui rassemble toute la mélancolie de l’histoire de Harold Et Maureen dans ses grands yeux : des lacs célestes qui parlent de dîners consommés sans parler, d’un regret indélébile, d’une passivité que seuls ce que les Anglais appelaient un acte de foi (acte de foi) peut être choquant. Dans une scène du film, sans surprise, quelqu’un dit ad Harold: « Il faut moins de rationalité et plus de foi », où la foi ne signifie pas religion mais intuition, une pincée de spiritualité, confiance dans le destin et dans une énergie qui donne de la force aux personnes.
Le voyage imprévisible d’Harold Fry ce n’est pas seulement l’histoire de ceux qui partent mais aussi celle de ceux qui restent, et donc de Maureenà qui Pénélope Wilton donne une profondeur incroyable. Chaque geste de cette femme qui meurt chaque jour devant le spectacle d’un mari qui « a passé sa vie à ne rien faire » est empreint d’une douleur sourde mais contenue, qui ne peut être tempérée que par les habitudes de journées toutes pareilles. Pendant Harold traverse le pays en se nourrissant des fruits de la nature comme un Alexandre Supertramp dans une version plus ancienne, elle ne rencontre pas d’individus aimables qui lui offrent une assiette de soupe, et en cela elle représente au moins un peu du compromis féminin, car tant qu’on continue à dire que « derrière un grand homme il y a toujours une grande femme », le sacrifice, et nous parlons des générations plus âgées, sera toutes celles qui ont porté leurs enfants dans leur ventre et les ont gardés attachés à leur sein. C’est du moins ce qu’il semble nous suggérer Hettie MacDonald.
Le voyage imprévisible d’Harold Fry, qui est aussi un recueil des différents « types » anglais, profondément influencés par le lieu où ils vivent, nous invite enfin à créer du lien et à avoir le courage de vivre et de ressentir la souffrance que nous avons en nous, et si pour enfin être capable de pleurer toutes les larmes retenues, il faut faire un méga marathon du Devon à la lointaine Berwick Upon-Tweed, ce n’est pas grave. L’important est de porter (métaphoriquement et autrement) les bonnes chaussures, d’accepter de marcher avec nos fantômes et surtout de mettre la capacité de se pardonner dans son sac à dos, à côté de son sac de couchage.