L’une des premières choses à laquelle on pense face à John Lennon : Meurtre sans procès, c’est qu’un John Lennon n’existe plus aujourd’hui.
Je ne parle pas de génie musical, même si, eh bien, nous nous comprenons : je parle d’un personnage qui est l’une des plus grandes icônes de la culture populaire mondiale et qui a utilisé cette popularité pour mener une bataille politique contre les extrêmes. détermination, à tel point qu’elle s’est retrouvée dans la cible de Nixon, du FBI, de la CIA. Je parle de quelqu’un qui, au lieu de profiter de la renommée et de l’attention médiatique, a d’abord utilisé les médias pour ses affirmations, puis s’est enfermé dans un isolement complètement privé sans ressentir le besoin d’enregistrements, de concerts, d’interviews, de déclarations publiques, d’apparitions à la télévision.
Mais immédiatement après, vous pensez que Mark David Chapman, malheureusement, le monde d’aujourd’hui est plein, probablement bien plus qu’à l’époque. Inconfort, mythomanie, instabilité psychique, désir d’affirmation et de vengeance sont au rendez-vous. Et si les Mark David Chapman d’aujourd’hui, heureusement, tirent beaucoup moins (mais peut-être que les incels qui commettent les massacres font partie de la même famille), c’est parce que leur relation maladive avec ceux qui sont célèbres, et leur attire leur mélange pervers d’amour et de haine. , ils le perpétuent en exprimant leurs frustrations sur les réseaux sociaux, peut-être de manière violente mais, Dieu merci, non mortelle.
Compte tenu de cela, allez John Lennon : meurtre sans procès on peut dire beaucoup de choses, à commencer peut-être par quelques petits défauts.
Par exemple, on ne voit pas pourquoi il faudrait en faire une mini-série de trois épisodes de 35/40 minutes chacun, alors qu’il aurait très bien pu s’agir d’un seul film documentaire de moins de deux heures.
Et pourtant il faut dire aussi que cette scansion tripartite – Le Dernier Jour, L’Enquête et Le Procès sont les titres des trois épisodes – permet de focaliser l’attention là où elle doit aller : sur Lennon dans le premier épisode, sur Chapman dans le dernier, et sur la rencontre fatale et indirecte entre ces deux personnages dans le second.
Plusieurs fois le narrateur – qui dans la version originale est Kiefer Sutherland – rappelons-nous que certains des témoignages et des documents que nous allons voir et écouter n’ont été rendus publics qu’aujourd’hui, après plus de quarante ans, spécifiquement pour cette série.
Mais, inédit ou non, tous les documents d’archives de John Lennon : Meurtre sans procès sont fascinants et convaincants à leur manière, capables de rappeler un moment, un climat, une culture et une époque, ainsi qu’une tragédie.
Cette docu-série est passionnée et à la fois mesurée et équilibrée. Capable de faire résonner le drame personnel et collectif qu’a été l’assassinat de John Lennon, mais aussi de montrer les limites et les ambiguïtés d’une justice qui, peut-être, n’a pas pleinement compris la gravité des maux de Chapman, qui pourtant, ici, il n’est jamais acquitté.
Et pourtant, dans des années de justicialisme et d’extrémisme quelque peu potencieux, se rappeler que notre civilisation devrait plutôt se baser sur des critères différents ne fait pas de mal.
Où John Lennon : meurtre sans procès reste un peu ambigu, et peut-être volontairement, c’est là qu’il prête son côté à théories du complotmettant en parallèle l’assassinat de Lennon avec l’attaque contre Ronald Reagan l’année suivante par une autre personne qui avait avec elle une copie du «Jeune Holden», et parlant des expériences de lavage de cerveau de la CIA pour créer des tueurs involontaires. Cartes jetées sur la table, dans les docu-séries, mais ensuite rapidement faites disparaître par d’autres, sans jamais parvenir à un véritable jugement sur ces allégations, qui donnent envie de revisiter – pour le plaisir – leHypothèse du complot de Richard Donner, avec Mel Gibson également obsédé par le roman de Salinger.
Quarante-trois ans se sont écoulés depuis le 8 décembre 1980, date à laquelle Mark David Chapman a tué John Lennon.
Lennon nous manque plus que jamais. Il manque son génie, sa musique, son engagement. Nous avons encore des disques, des chansons et des souvenirs de lui. Ce monument dédié à lui et à ses amis et collègues qu’est The Beatles : Get Back. Récemment, nous avons également une nouvelle chanson, « Now and then », qui est arrivée grâce aux technologies utilisées par Peter Jackson dans cette œuvre sensationnelle.
Chapman est toujours en prison, il s’est excusé, il s’est expliqué, on lui a toujours refusé la liberté.
Quarante-trois années se sont écoulées et je ne suis pas sûr que le monde soit devenu meilleur entre-temps. Il n’est donc pas légitime de penser, et encore moins d’affirmer, que si Lennon avait encore été en vie, les choses se seraient mieux passées.
Toutefois le sentiment qu’une époque s’est terminée ce jour-là est fort. Que les années 80 évoquées par Lennon lors de sa dernière interview auraient pu se dérouler différemment, et donc aussi les décennies suivantes, s’il n’était pas mort, lui aussi.
Et l’image de couverture de « Les saisons du verre » De Yoko Onoet ces foutues lunettes, c’est donc encore plus douloureux.