Deux frères, un voyage en scooter, le passé à traiter pour rencontrer le futur. De Luigi écrit, réalise et joue dans ce film sincère et honnête, plein de bons sentiments mais sans sentimentalité. La critique de Federico Gironi.
J’avoue : j’ai une sympathie instinctive pour Fabio De Luigi.
Je l’ai depuis que je l’ai vu dans des programmes télé Groupe de Gialappa dans le rôle de ormede lacanne d’ingénieur ou le fantastique Luigio Guastardo della Radicanostalgique de la tauromachie, ou dans ceux de sa version chef d’orchestre.
J’ai eu beaucoup de plaisir dans les deux saisons de la sitcom Insectes d’amour avec lequel il a joué Michelle Hunziker, et récemment dans « food travelogue » (selon des sources Amazon) Dîner-club: à la fois dans l’épisode qui l’a vu voyager avec Carlo Cracco pour découvrir les saveurs du delta du Pô, et dans les autres dans lesquelles il a animé, associées à l’irrépressible Abatantuonoles dîners de clôture du programme.
Au cinéma par contre, je ne l’ai jamais beaucoup suivi, mais dans 10 jours sans maman – pour donner un exemple – à mon avis, il est très doué pour faire ce qu’il a à faire.
Je ne l’ai jamais rencontré, Fabio De Luiginous ne nous sommes jamais parlé, mais j’aime penser qu’il est vraiment comme nous le voyons : ironique et drôle mais jamais exagéré, peut-être au fond un peu timide, bon enfant et avec une pointe de légèreté et de bienveillance. mélancolique, comme son regard.
Je ne sais pas si Fabio De Luigi peut-être que c’est vraiment le cas, mais c’est certainement ainsi que son nouveau film est, 50 km par heurequ’il a écrit, réalisé et dans lequel il a joué.
Est-ce un chef-d’œuvre, 50 km/h ? Mais même pas en rêve.
Est-ce un film incontournable ? Je ne peux pas dire que c’est le cas.
C’est pourtant un film qui a une sincérité, une authenticité, une honnêteté qui restera dans votre mémoire. Un film qui raconte une petite histoire, peut-être pas très originale (aussi parce que c’est un remake, l’original est allemand), mais qui touche les bons boutons et les bonnes émotions avec beaucoup de grâce et de légèretésans jamais se prendre trop au sérieux, sans jamais vouloir être ni ouvertement comique, ni ringard, ni pleurnichard.
Et pourtant, c’est un film capable de divertir, en effet, et même, sinon d’émouvoir (même si je suis toujours un peu ému devant les histoires de frères, car je pense aux miennes), d’émouvoir quelque chose de chaud et de présent qui est dans notre cœurs, devant nos yeux et nos têtes.
L’histoire est très simple et assez curieuse : à la mort d’un père, deux frères qui étaient et sont toujours très différents et très proches, même s’ils ne se sont pas vus depuis trente ans, et même s’ils étaient deux à Aux prises avec un désaccord qui sépare leur famille, ils acceptent d’exécuter les dernières volontés de leur parent, qui demande que ses cendres soient dispersées sur la tombe de son ex-femme. Et ce voyage, qui depuis on ne sait quel endroit reculé des Apennins toscans-émiliens les mènera à Cervia, où est enterrée leur mère, ces deux frères le feront sur les cyclomoteurs de leur jeunesse : un Ciao de Piaggio et un Califfone de Malaguti savamment personnalisés du père.
Maintenant, si par hasard vous avez déjà vu le film, ne me regardez pas mal, je sais ce que vous pensez probablement.
Que ce voyage là-bas est quelque chose de vu et de revu. Que les lieux où s’arrêtent les deux frères, entre une dispute et une autre, entre une reconstitution nostalgique de leur adolescence et des années 80 et une autre, sont tous un peu trop beaux, cool, élégants.
Souvent, les temps et les kilomètres ne comptent pas, surtout si l’on parle ensuite d’un détour soudain en direction de Milan, où le frère extraverti et imprudent doit faire face à quelque chose qui n’est pas résolu, accompagné du plus rigide et dévoué : « Comme tu es lourd ! »répète toujours le premier au second.
Néanmoins.
Pourtant, au cours de ce voyage, qui est évidemment celui où le frère téméraire (un Stefano Accorsi est vraiment bon et en partie presque surprenant par la façon dont il est au service de l’histoire et de son personnage qui s’exclame continuellement « Dieu ! », sans exubérance inutile.) apprendra un peu de responsabilité, et là où les plus « lourds » apprendront à retrouver la légèreté de la jeunesse, il y a des choses vraies, et peut-être même belles. Et peu importe les kilomètres, les temps, les détours, le réalisme.
Ceux de Rocco et Guido, de De Luigi et Accorsi, sont deux personnages crédibles à leur manière, et dans lesquels on peut se retrouver, ou trouver quelque chose et quelqu’un de connu. Leurs interactions, leurs va-et-vient constants entre affection et irritation mutuelle, fonctionnent et sont crédibles. Cela suscite ces émotions, en quelque sorte universelles, dont nous avons parlé précédemment.
De Luigi n’est peut-être pas un grand réalisateur, mais il fait son travail comme il se doit, et surtout il fait très attention à ne jamais exagérer avec les tons – qu’ils soient comiques ou dramatiques – mais aussi à donner à sa partition narrative le bon mouvement, le bon dynamisme pour qu’il ne paraisse jamais trop plat, monotone, banal.
Parallèlement, sa volonté claire et déclarée de rendre hommage aux années 80 – les années 80 des scooters et l’absence de téléphones portables (que l’on ne voit d’ailleurs presque jamais ici), de chansons comme « Les filles veulent juste s’amuser » par Cindy Lauper bien d’autres – ne débouche jamais sur une rétromanie stérile et superficielle.
Parce que De Luigi se soucie des souvenirs des années 80, des identités du passé et de cette façon de vivre plus simple, plus authentique et plus libre qui ressort de son film.