Examen des survivants

Ce film réalisé par le nouveau venu Guillaume Renusson arrive en salles et mélange différents genres au nom du minimalisme formel et de l’interprétation de deux excellents protagonistes. La critique de Survivors par Federico Gironi.

Samuel est un survivant. A survécu à un accident de voiture qui a coûté la vie à sa femme. C’était de sa faute, cet accident. On le rencontre à l’intérieur d’une piscine, complètement immergé dans l’eau où il doit accomplir une dernière étape de rééducation physique : et le montrer là, immergé, entouré d’eau, nous fait comprendre avant même et mieux que les scènes qui suivent que Samuel, après l’accident, vit dans une sorte de bulle, entourée d’une densité – celle du traumatisme psychologique – qui ralentit et limite les interactions avec le reste du monde. Y compris ceux avec leur fille Léa, âgée de sept ans.
Alors Samuel, qui n’est plus, ou encore, capable de s’occuper d’un autre être humain, laisse sa fille avec son frère et part à la montagne. Pour les Alpes, celles qui séparent la France de l’Italie, où Samuel possède un chalet.

Chehreh est aussi une survivante. Pas d’accident de voiture pour elle, mais quelque chose de pire peut-être : les talibans. Chehreh a quitté l’Afghanistan avec son mari, ils sont partis pour l’Europe, désormais elle est seule : ils ont été séparés en Grèce, elle espère le retrouver en France, leur destination.
Pour ce faire, il doit traverser les montagnes. Les Alpes. Et c’est là qu’elle rencontre Samuel, l’homme qui n’est plus capable de prendre soin de sa fille, de lui-même, mais qui sans trop d’hésitation va essayer de prendre soin d’elle, de l’aider à entrer en France. Pour se redécouvrir et retrouver son humanité.
« Pourquoi fais-tu tout ça ? », demande la femme. « Parce que tu as besoin d’aide », répond l’homme.

Cela commence comme un drame psychologique, Survivantssemble vouloir continuer presque aussi film d’engagement civiquemais bientôt – sans que cela vire à un renoncement à la psychologie ou aux thèmes sociaux – le film embrasse aussi le registre de thriller. Car tandis que Samuel tente d’aider Chehreh à franchir la frontière à travers les montagnes, trois locaux, un Italien et deux Français, appartenant clairement à la droite la plus xénophobe et nationaliste et ennemis autoproclamés de tous, tentent de les arrêter tous les deux en les traquant. passeur: même ceux qui sont improvisés et occasionnels, et qu’ils connaissent en personne, comme Samuel.
Ici alors, dans le contexte silencieux et monumental des Alpes enneigéesl’évasion de Samuel et Chehreh et la chasse à l’homme qu’ils subissent, projette le premier film Guillaume Renusson (également scénariste avec Clément Peny) dans des territoires qui rappellent clairement et explicitement ceux de occidental.

Le mélange des genres mis à l’écran par Renusson est sans doute l’un des points forts de un film qui joue toujours en toute sécuritéqui ne veut jamais exagérer, qui fait de la soustraction et d’un certain minimalisme de véritables impératifs esthétiques et narratifs.
Et pourtant, comme cela arrive parfois, Survivors fait partie de ces films qui n’auraient pas eu autant de succès, ni aussi incisif, sans l’apport fondamental de ses acteurs principaux. Mais les mérites d’un réalisateur ne se limitent pas à la manière dont il déplace la caméra, mais aussi à la manière dont il choisit et dirige ses interprètes.

Que Denis Ménochet est un grand acteur, c’est désormais un fait établi. Le Français propose ici l’implosion typique de nombre de ses personnages, surtout celle d’Antoine. Comme Bestasmais reproduire un modèle n’atténue pas l’intensité de l’effort.
A ses côtés, l’actrice iranienne Tsar Amir Ebrahimicelui avec Sainte Araignée elle remporte le prix de la meilleure actrice à Cannes en 2022 et se révèle ainsi au public occidental dans tout son talent. Sa présence à l’écran est magnétique, et le charisme qui se dégage de son visage et de ses yeux n’a rien à envier à celui de Ménochet.
Ensemble, ces deux acteurs soutiennent le film, donnant force et signification aux psychologies de leurs personnages, véhiculant la force obstinée qui les mènera tous deux à survivre. Commencer une nouvelle vie, en surmontant le fossé qui sépare le passé du futur.