Diffusé sur Prime Video, ce film écrit et réalisé par Chris Nash a été l'un des « cas » du cinéma d'horreur récent de par son choix radical de mise en scène (qui n'est pas pour tout le monde). La critique de In a Violent Nature de Federico Gironi.
Le modèle, dans l'essentialité de la structure horrifique, ou plutôt slasher, est clairement celui du vendredi 13 : Les bois, un lac, un groupe de garçons en camping, un maniaque homicide acharné et imparable avec une mythologie derrière lui et une touche d'invincibilité surhumaine et surnaturelle (qui ici ne s'appelle pas Jason mais Johnny).
Et pourtant, voici l'intuition – géniale, il faut le dire, quoi qu'on puisse penser de la mise en œuvre et du résultat – de Chris Nash, le petit dragon des effets spéciaux qui se confirme ici : raconter cette intrigue entièrement du point de vue du tueur qui, sans relâche, tue les uns après les autres les membres du groupe des malheureux, et plus encore de le faire avec un style cinématographique typique de l'art et essai et qui est ici appliqué à l'horreur.
Certains ont dit, sans erreur, que In a Violent Nature est un slasher malickien, mais peut-être plus encore pourrait-il être défini, avec l'expérience d'un cinéma géographiquement plus proche de nous, comme une horreur nuchiste, en considérant que cette traque constante et implacable du tueur par la caméra n'est pas seulement l'héritage d'une perspective vidéoludique, mais aussi de ce naturalisme d'auteur que nous connaissons bien en Italie et en Europe. Ces enjeux de perspective sont alors entourés de l'absence de toute forme de lumière artificielle, de bande sonore et, à l'inverse, de la présence d'une conception sonore épurée qui met en valeur les sons et bruits de la nature dans laquelle nous sommes immergés, mais aussi et surtout les pas du tueur. Sans oublier celles des chair qui sont déchirées et des os qui sont fracassés.
Déjà. Parce qu'entre une dilatation auctoriale et une autre, quand dans In a Violent Nature on arrive au point – et on y arrive parce que Nash veut être un slasher, quoique à sa manière, et sait bien ce que veut le public cible de ces films – eh bien, quand on arrive au point In a Violent Nature est brutal, sanglant, sadique d'une manière tout aussi radicale que celle liée à sa forme.
L'expérience de Nash est très intéressante, non seulement sur le papier, mais aussi en pratique, dans les faits du cinéma, même si tout ne fonctionne pas, et qu'il y a souvent le risque de perdre une grande partie des spectateurs en cours de route. Les premières minutes font un peu peur (pas volontairement), puis si l'on parvient à reprendre et à maintenir son rythme, qui est un rythme lent mais hypnotique, In a Violent Nature offre une grande satisfaction : je pense surtout aux deuxième et troisième kills. Le second, tout tourné de loin au bord d'un lac, est un morceau de cinéma remarquable, pas seulement d'horreur ; le troisième apporte une radicalité slasher vraiment remarquable, mais aussi très agréable.
C'est à peu près aux deux tiers de son récit que In a Violent Nature risque de se perdre un peu dans la répétition et la prévisibilité, et risque aussi de perdre ce public qui lui est resté jusqu'à ce moment-là. Et puis nous arrivons à la finale.
Dans les 15 dernières minutes, In a Violent Nature change radicalement de point de vue. Pour la première fois ce n'est plus celui de Johnny, le tueur, mais celui de Kris, la dernière fille de la journée. Kris, qui dans une séquence hallucinatoire se perd la nuit dans les bois pour tenter d'échapper au voyou qui la poursuit, puis le matin elle tombe enfin sur une route, et sur cette route elle croise une voiture qui peut la mettre en sécurité. Citation de la fin de The Texas Chainsaw Massacre, bien sûr, sauf qu'aucun tueur ne sort des bois enragé par la frustration d'avoir perdu sa proie, et tout ce qui se passe, c'est que Kris est assise dans la voiture d'une femme qui veut l'aider et l'emmener à l'hôpital pour panser sa blessure.
Et c’est à ce moment-là que les choses deviennent presque insoutenables : pour certains dans un sens, pour d’autres dans un autre. Celui qui voit comprendra, celui qui a vu sait. Pour ma part, j'ai ressenti une charge de tension qui n'est pas seulement théorique ou prospective, et que j'ai trouvée assez intéressante.