Dans un désert reculé des montagnes du Tchad, une adolescente possède des pouvoirs surnaturels qui lui font peur. Dans une société ancestrale en proie aux préjugés, un étranger perturbe le quotidien et est présenté comme dangereux. Critique de Mauro Donzelli sur le film du doyen du cinéma africain Mahamat-Saleh Haroun.
Un panorama naturel inchangé ou presque inchangé depuis des siècles, une culture à la recherche de nouveaux stimuli pour dépasser une façon de penser archaïque, mais surtout oublieuse de ce que leurs propres ancêtres ont conçu et revendiqué dans ces mêmes grottes et collines, où, comme en Occident mais plusieurs siècles plus tôt, se perpétue une sorte de mythe du bien-vivre ancien, sans l'argent comme élément corrupteur de la vie quotidienne.
Nous sommes dans le désert de l'Ennedi, où les montagnes ciselées par le vent et les siècles se dressent soudain massivement, dans ce Tchad dont est originaire l'un des doyens du cinéma africain, Mahamat-Saleh Haroun, qui comme beaucoup d'autres confrères formés et expérimentés en France, mais contrairement à certains, s'attache obstinément et louablement à raconter des histoires qui se déroulent dans son pays, avec au centre de petites histoires, des contes moraux simples qui sonnent comme des paraboles en quête de progrès social, souvent grâce aux femmes et aux nouvelles générations, capable de mieux capter les aspects positivement immuables de la culture locale, tribale et composée de villages aux proportions limitées, laissant derrière elle le retard le plus inacceptable.
Comme par exemple, également dans Soumsoum, la nuit des astres, considérant toute personne qui déraille d'un chemin codifié de naissance et de croissance en suivant les traces de ceux qui l'ont fait avant, quelqu'un de différent, un excentrique, ce que dans notre région on eût défini il n'y a pas si longtemps comme une sorcière, alors qu'ici elle devient « une fille du sang », une adolescente de 17 ans qui aurait même « tué sa mère », ou responsable de la mort de sa mère en couches. Elle s'appelle Kellou, comme la déesse de l'amour, en réalité, et elle a un don difficile à supporter, celui de prédire des choses qui ne se sont pas encore produites, des visions dramatiques qu'elle ne sait pas gérer. Cela fait partie du processus de croissance, métaphoriquement de son passage à l'âge adulte, sachant utiliser ce pouvoir et vivre avec lui de manière paisible et utile pour sa famille, désormais composée de son père et d'une belle-mère.
Dans ces montagnes centenaires qui surgissent du sable, un passé oublié est en effet préservé, parfois murmuré à Kellou et à nous spectateurs. Les visions la tourmentent cependant, même si la rencontre avec Aya, une femme également marginalisée par la communauté, une sage-femme qui a rencontré sa mère, commencera à élargir ses horizons, lui donnant surtout des outils pour interpréter son don et son rôle dans cette réalité hostile, pour laquelle elle est « une putain d'immigrée, tu n'es pas des nôtres », pour ne pas nier comment les déformations de la nature humaine sont prêtes à agir sous toutes les latitudes. Si les choses ne vont pas bien, si après la sécheresse viennent 24 heures de pluie intense qui tue et choque, il est plus facile de chercher le principal coupable chez quelqu'un d'un peu différent de nous, à qui l'on peut responsabiliser sans remettre en jeu des croyances profondément enracinées.
Mahamat-Saleh Haroun ajoute également Kellou à sa collection de femmes courageuses, à qui Aya, sa nouvelle « sœur », confie le rôle de témoin d'un monde mystique et spirituel ancien, en danger de disparition, dans lequel « le visible et l'invisible convergent ». Le tout avec le courage du jeune âge, l'envie de lutter pour l'amour et la compréhension, contre l'hostilité du « pouvoir », ne serait-ce que d'un village habité par quelques dizaines d'habitants. Universel et simple, pour les amateurs d'histoires édifiantes et de cinéma moral sans cynisme.