Le cinéma italien a toujours exprimé le monde des sentiments sous toutes ses formes, et Carlo Verdone est passé maître dans l'art d'en capturer les nuances, les imperfections et la comédie. Avec School of Seduction, il signe et joue dans un film choral mêlant ironie, mélancolie et réflexion, désormais disponible en streaming sur Paramount+.
Depuis ses origines, le cinéma a raconté et façonné le monde des sentiments sous mille formes : passions débordantes, déceptions amères et fragilités indicibles. Dans le paysage italien, peu d'auteurs ont su explorer les questions de cœur avec la légèreté et la profondeur de Carlo Verdone. Avec School of Seduction, le metteur en scène et acteur romain met en scène six vies aux prises avec les incertitudes, les émotions tremblantes et le besoin de se retrouver à travers l'amour et le désir. Le film est disponible à partir du 1er avril exclusivement sur Paramount+, où les abonnés peuvent déjà suivre les quatre saisons de Vita da Carlo, la série qui a occupé Verdone ces dernières années.
Il existe aujourd’hui les parcours les plus disparates et les plus improbables et même la sphère émotionnelle est devenue matière à aumône. L'idée du film est venue d'un article paru dans Le gardien sur les écoles de séduction en ligne. Après tout, le langage de l’amour, comme celui du cinéma, est en constante évolution et il n’est pas facile de le suivre. À une époque où tu tombes amoureux d'un glisser et on repart avec une voyelle sur WhatsApple grand écran doit s'actualiser, explorant non seulement les nouvelles formes d'amour, mais aussi les obsessions et les peurs des générations numériques. Il ne suffit plus de raconter une histoire romantique : il faut photographier les travers de ceux qui vivent entre les chats, les applications et les likes. Et c'est précisément dans ce chaos émotionnel que six personnages, plus ou moins sceptiques, comptent sur la coach amoureuse Ortensia (Karla Sofía Gascón) pour remettre de l'ordre dans leur vie amoureuse.
Clemente (Verdone) est un musicien retraité mature qui veut s'impliquer, mais ne sait pas par où commencer ; avec lui, il y a Bruno (Lino Guanciale), qui enseigne les mathématiques et vit toujours avec sa mère aimante mais intrusive, l'infirmière Giuliana (Vittoria Puccini), coincée dans un mariage désormais mort, et Adele (Beatrice Arnera), une influenceuse cynique dont le format est les « cas humains » avec lesquels elle sort. Le groupe improbable est complété par Gaia (Euridice Axen), libraire et activiste pathologiquement malchanceux, et Emanuele (Romano Reggiani) : jeune, riche et beau, mais prisonnier d'un secret embarrassant.
La première partie de School of Seduction est un petit tour à travers les folies de l'amour moderne et se déroule agréablement, grâce aux activités folles auxquelles se livrent les protagonistes (des dîners dans le noir aux approches avec des lunettes high-tech) et, surtout, au soin avec lequel Carlo Verdone a écrit et dirigé les protagonistes. Chacune a son propre espace et porte un fardeau différent, mais nous les percevons immédiatement comme familières : Beatrice Arnera et Euridice Axen se démarquent, avec des nuances précises et des tempos décontractés. Et puis il y a Verdone, qui dévoile une fois de plus tout son charisme : ceux qui aiment ses gestes, ses situations paradoxales et la manière unique avec laquelle il réagit, trouveront ici tout ce qui le rend irrésistible. Chaque grimace, plaisanterie et mésaventure a le naturel et le rythme que lui seul peut donner. Voyez-le dans École de séduction c'est un peu comme entrer dans la maison d'un vieil ami : on se sent immédiatement à l'aise et on s'abandonne en un instant à cette chaleureuse complicité qui reste en soi.
Malheureusement, le film s'essouffle dès le troisième acte, victime d'une durée de tournage excessive et de quelques placements de produits maladroits. De plus, le récit rencontre des situations forcées. Avec par exemple la mère de Bruno, représentée comme une femme incapable de couper le cordon ombilical. Cependant, la responsabilité de ce lien étouffant et du manque d’émancipation du fils ne lui incombe certainement pas entièrement, comme le laisse entendre le scénario. Même l'interlude où Clemente retrouve la maîtresse avec un client, destiné à rire, glisse dans le grotesque. Enfin, Karla Sofía Gascón est touchée : malgré le charisme oscarisé dont elle a déjà fait preuve dans Émilie Pérezil reste ici cantonné au second plan. Son rôle de guide et de narrateur, fondamental pour le spectateur, ne parvient pas à émerger avec la force qu'il mérite.

On voit que Verdone n'a pas réalisé de film depuis un certain temps : quelques problèmes de rythme et de ton sont inévitables. Ne vous attendez donc pas à de grandes innovations ni à des bouleversements de sa formule qui a fait ses preuves. Mais ceux qui aiment son cinéma y trouveront toutes les certitudes les plus agréables, accompagnées d'une mélancolie discrète mais présente. Même dans les moments les moins réussis, ressortent sa douce ironie et la sensibilité avec laquelle il observe la vie et l'amour, véritable marque de fabrique de l'auteur romain. École de séduction il montre ses limites, certes, mais il le fait avec le sourire, rappelant pourquoi Verdone reste maître dans l'art de raconter les petites folies et les côtés les plus vulnérables de l'âme.
Le film est un almanach d'amour, spirituel, doux-amer et ridé, où chaque personnage confirme qu'il n'existe pas une seule façon d'aimer, mais des milliards, et qu'aucune n'est meilleure que l'autre. Ce n'est pas révolutionnaire, mais cela fonctionne comme une agréable galerie de vérités sur les questions de cœur : c'est le retour aux sources d'une institution de notre cinéma, avec des compagnons de voyage imparfaits mais irrésistiblement humains.