Trois générations unies par la passion de la nature et des documentaires nature, le nouveau film de Vincent Munier après le grand succès de La Panthère des Neiges est un voyage dans la faune du massif vosgien et la transmission d'une passion à son fils. La critique de Mauro Donzelli.
Inutile d'aller au bout du monde, sur les hauteurs des plus hauts sommets où peu osent s'aventurer, à l'exception des habitants. Pour l'aventurier et documentariste Vincent Munier, ce fut le moment d'une sorte de pause, après les recherches tant attendues au centre de La Panthère des Neiges, orientées vers la réflexion et l'exploration de son territoire, celui dans lequel il est né et a grandi, dans les Vosges, à l'ouest de la vallée du Rhin, là où la France se rapproche de l'Allemagne. S'il s'aventure d'une certaine manière dans une autre quête, celle du grand tétras, ancré dans la mémoire de son enfance, et de son père, également explorateur, Le Chant des Forêts a surtout un autre type de mission en tête, celle de rapprocher deux générations enracinées dans les bois et dans la connaissance passionnée de la nature d'une troisième, récemment arrivée, celle de son neveu/fils de 12 ans.
Ainsi, ce fascinant voyage amène une autre observation, le temps passé à se camoufler patiemment avec la neige ou les arbres et buissons sert à conquérir un petit espace pour consolider une obsession saine qui n'est jamais plus cruciale pour notre avenir, que pour les silences et les petits bruits, les variations d'abord à peine apparentes puis colossales des saisons qui alternent dans un contexte entre les montagnes et une nature, sinon intacte, du moins peu violée par l'intervention humaine. C'est là la charge d'originalité et aussi l'émotion saine qui font de ce nouveau documentaire un objet un peu différent de tant d'autres qui lui ressemblent, avec des images merveilleuses et les miracles d'une nature qui se révèle malgré elle.
Accompagné tantôt de sacro-saints silences live, tantôt de musiques récemment prises de sens qui alourdissent sa richesse onirique, Le Chant des Forêts représente une nouvelle tentative, également récompensée par d'excellentes recettes au box-office et un César, pour un auteur comme Munier qui comprend son rôle de témoin d'un univers dont on a souvent tendance à oublier la puissance, composé d'ours et de chouettes, de lynx et de grand tétras, parfois contraint d'affronter les risques d'extinction et les bouleversements dus au climat. changer. A tel point que la famille Munier, dans la dernière partie du documentaire, s'aventure dans l'extrême nord de la Norvège à la recherche du grand tétras, symbole d'une mémoire familiale partagée à transmettre.
La qualité du voyage de Munier, qui se moque de la vitesse urbaine pour ralentir vers la contemplation, prend la qualité d'une réflexion aux échos spirituels sur le passage du temps, sur le témoignage comme valeur pour unir les générations dans un savoir partagé avec des valeurs qui ne sont forcément pas seulement encyclopédiques. Michel, Vincent et Simon se retrouvent dans différentes phases du grand voyage que chacun de nous est destiné à entreprendre dans cet univers magnifique et plutôt indifférent à notre passage. Chacun d'eux s'appuie sur l'autre, comme un jeune conifère qui a ses racines dans un ancêtre séculaire tombé à terre, qui, même mort, continue de donner la vie.
C'est à nous, et en cela le cinéma immergé dans la nature nous aide, de le rendre le plus synergique possible avec ce qui nous entoure, en surmontant le risque d'une concentration obstinée et ombilicale de plus en plus répandue sur notre espèce. Un cri d'alarme silencieux qui semble peut-être rhétorique, mais dont la valeur nous est démontrée chaque jour, en regardant autour de nous et en prenant acte des liens inévitables qui nous unissent au paysage qui nous entoure. Munier le rappelle à la fin du film, qui inclut dans ses remerciements « la forêt, les bois, qui est un bien commun à tous les êtres vivants ».