Entre comédie et mélodrame, avec l'amour toujours comme fil conducteur de ses personnages imparfaits et adorables, Pierre Salvadori a ouvert le Festival de Cannes avec une histoire imaginative et sincère avec Pio Marmaï, Anaïs Demoustier et Gilles Lellouche. La critique de Mauro Donzelli.
La comédie, dit-on, a de plus en plus de difficulté à franchir les frontières, pas seulement entre des cultures différentes, voire entre des cultures assez proches. Tout le monde ne rit pas de la même manière. Ensuite, il y a les exceptionnels pour rechercher l'amour et même le bonheur à leur manière. Quels acrobates effrontés sans filet. A ceux qui veulent récupérer quelque chose, je recommanderais de commencer par Dans la cour et En liberté !, devenus en italien Petites fissures, gros ennuis et Balles en liberté, avec une Adèle Haenel inédite en version BD réussie.
Pour la première fois dans un film d'époque, Salvadori nous emmène avec La Vénus électrique dans le Paris des années vingt, plus que rugissant, avide de technologies et d'innovations plus ou moins miraculeuses. Dans les quelques années de trêve entre une guerre capitale et une autre capitale, on croise Jeanne (Anaïs Demoustier) dans une foire, typique de ces années-là, qui gagne sa vie en donnant des « baisers électriques », véritables chocs aux visiteurs payants, reliée à deux pylônes qui lui brûlent la paume des mains. Elle est payée une somme dérisoire par son maître, Titus (Gustave Kervern), et un soir elle rencontre un peintre perpétuellement ivre, Antoine Ballestro (Pio Marmaï), dans la caravane du médium, où elle errait en volant de la nourriture, qui tente d'entrer en contact avec Irène (Vimala Pons), sa compagne décédée. En échange d'une grosse somme, il profite de la situation et s'invente comme un voyant.
Jusqu'au jour où Armand (Gilles Lellouche), marchand d'art et meilleur ami d'Antoine, découvre la supercherie et lui propose beaucoup d'argent supplémentaire si elle le courtise, voyant comment les séances entre les deux se transforment en remède aux maux du veuf, aidant ainsi son parcours de peintre et les affaires de son ami, chargé de trouver un acheteur pour ses tableaux. Mais même sans impulsions extérieures entre les deux, il est clair qu'un sentiment mutuel et amoureux est en train de naître, le long d'un chemin à la fois ironique et timide, alternant vaudeville et comédie sophistiquée à la Billy Wilder, avec des incursions de tragédie comme s'il s'agissait de Roméo et Juliette.
Tout cela mêlant mélancolie et humour, esquissant un portrait très humain et universel, mais avec une solide mise en scène visuelle dans ces années « folles », marquées par une grande effervescence artistique, une fascination pour les spectacles populaires et le spiritualisme comme nouvelle mode pour rivaliser avec la religion « opium du peuple ».
Le cinéma de Salvadori est doux et amer, sincère, électrique, entre la révolution technologique et un art ennobli par l'amour, meilleur s'il est tourmenté. Il ne peut s'agir que de Pio Marmaï, l'acteur fétichiste de Salvadori, acrobate amoureux, maladroit et irrésistible, tiraillé entre le souvenir de son Irène et la Vénus électrique qu'il retrouve devant lui en chair, en sang et en décharges électriques. Entre manipulation, amour et amitié sincère, les quatre protagonistes proposent des masques réussis d'humanités diverses, dans un carrousel passionnant capable de se nourrir de silences et de regards, mais surtout d'une légèreté obstinée et bienvenue, antidote insouciant au drame et même à la mort, au service de l'amour comme moteur inévitable des êtres humains, qu'ils soient peintres ou embrasseurs de choc.