Cinéma d'art et essai japonais standard, sans infamie et sans trop d'éloges. La critique de Federico Gironi.
Nagi est une ville japonaise située dans la préfecture d'Okayama. Elle compte environ 5500 habitants répartis sur un territoire assez vaste, elle est en moyenne éloignée de toutes les « grandes villes », et l'une des principales activités est l'élevage bovin (tant pour la production de lait que pour la désormais célèbre viande de wagyu). Mais elle possède un musée d'art contemporain qui ferait l'envie de nombreuses municipalités italiennes.
C'est là qu'arrive le protagoniste du film, Yuri, une jeune femme qui vient de divorcer, rendant visite à son ex-belle-sœur Yoriko, avec qui elle reste en excellents termes. Yoriko élève des vaches, certes, mais c'est une artiste : elle sculpte le bois, et Yuri a promis d'être son modèle pour une nouvelle œuvre. Autour d'eux, deux adolescents eux aussi passionnés d'art, et le père de l'un d'entre eux, qui semble s'intéresser à la belle Yuri et dont le passé se confond (pas sentimentalement) avec celui de Yoriko.
Depuis 2016 (année où il a présenté Harmonium), Kōji Fukada est un habitué de Cannes, et la présence de Nagi Notes en compétition ne surprend ni ne choque, tant positivement que négativement.
C'est un de ces films qui sont placés dans le programme principal de la compétition d'un festival pour remplir les espaces avec dignité et modestie, sans pour autant aspirer à gagner – ou, simplement, à être – quoi que ce soit de significatif. Utilisant une métaphore du football un peu galvaudée, le film de Fukada est un milieu de terrain du cinéma d'auteur japonais (et non japonais) contemporain, quelqu'un qui fait tout ce qu'il a à faire sans avoir « la queue du pourboire ou du 10, quel dommage », comme le chantait Luciano Ligabue. Et pourtant, ce n’est pas un milieu de terrain brutal et musclé qui raconte des histoires et écrase les nuances. Bien au contraire. C'est un milieu de terrain avec sa classe, son élégance, conscient de ses moyens et sans ambitions excessives.
Nagi Notes se déroule sur une poignée de jours en mars, lorsqu'une saison laisse place à une autre, mais tout est encore incertain et nuancé. Un moment de transition, que vivent également les deux protagonistes et les deux garçons qui circulent autour d'eux, pour des raisons différentes.
Fukada embrasse l'esprit, l'époque, les manières des lieux qu'il filme et fait de son film un film muet et contemplatif, attentif aux détails, à la nature, aux seuils physiques et psychologiques qu'elle représente. Un film délicat, rohmérien pour être généreux, mais aussi très lié – c'est évident – à l'héritage de ce géant qu'était Yasujiro Ozu : ce n'est pas un hasard si le texte source est une œuvre théâtrale intitulée « Tokyo Notes », inspirée de Journey to Tokyo, que Fukada a cependant retiré du cadre métropolitain pour le transporter dans la zone rurale et montagneuse de Nagi.
Pour sculpter ses œuvres Yoriko souhaite parler, toucher physiquement ses modèles, mieux les connaître, capturer leur identité. C'est une œuvre qui concerne l'œuvre bien sûr, mais aussi qui la crée, et qui est représenté par elle. Ce n'est pas un hasard si c'est de cela dont parle Nagi Notes : comprendre qui nous sommes, ce que nous voulons, comment vraiment respecter nos désirs et notre identité (y compris sexuelle : indice, indice), pour pouvoir nous exprimer et vivre de la meilleure des manières. A noter un petit twist formel, lié à l'utilisation du dispositif de la camera obscura, qui a aussi un sens narratif et que je n'ai pas vu au cinéma depuis les thèmes de La Flor.