Une jeune femme vitale, amoureuse du métier de comédienne de théâtre qu'elle parvient difficilement à exercer. Quelques verres par jour qui deviennent une habitude qui commence à nuire à sa santé. Adèle Exarchopoulos est la protagoniste de Garance, en compétition à Cannes. La critique de Mauro Donzelli.
Il ne le cache pas. Il le dit avec une franchise directe qu’il est difficile de saisir pleinement au sens littéral de la part des personnes devant lesquelles il se trouve. Je suis alcoolique, dit le protagoniste. Une actrice alcoolique, enthousiaste et incapable de percevoir les effets négatifs de sa dépendance. Un thème complexe à transmettre au cinéma, que Jeanne Herry aborde sans pathos ni moments mélodramatiques, ni pire encore, sans déviations sordides.
L'auteure et comédienne française, après avoir raconté avec beaucoup de sensibilité l'univers de l'adoption et des travailleurs du secteur dans Pupille, et aussi bien la justice réparatrice dans Je verrai toujours vos visages, s'appuie sur l'une des interprètes de ce dernier, Adèle Exarchopoulos, meilleure actrice dans un second rôle aux César pour ce rôle, pour mettre en scène une autre observation de la réalité, avec son style naturaliste, toujours proche des personnages, raconté avec la lumière naturelle et traitant de scènes collectives.
Il ne pouvait être intitulé que du nom de sa protagoniste, Garance. Un de ces films impossible à imaginer sans son protagoniste. Adèle Exarchopoulos prête totalement son âme, son corps et son cœur à un personnage franc dans son irresponsabilité, fragile et vital. Je cherche une manière différente, ironique et avec des coups de pinceau surréalistes, confuse et très humaine, de parler d'une addiction. Ce sont les conséquences sur sa santé, et donc sur ceux qu’elle aime et qui lui tiennent à cœur, qui font comprendre à Garance qu’arrêter ne la tuera pas, bien au contraire. Son foie est plus mort que sain et sa sœur fait face à un traitement contre un cancer qui pourrait la tuer. Garance aime la vie et les gens qu'elle aime comptent plus pour elle que toute autre chose. Elle a une petite-fille et une autre en route, et enfin une relation pleine et saine lui fait penser à ses journées aussi pour les moments de pause, quotidiens et domestiques, au-delà du travail, les soirées alcoolisées dans la discothèque et les réveils toujours traumatisants, en fonction de l'endroit où elle a réussi à dormir, dans des chambres souvent réparées et continuellement différentes.
Garance raconte huit années du parcours d'une trentenaire en quête de stabilité, ou plutôt de prise de conscience qu'il lui serait bon de le poursuivre, en insistant sur les rencontres et les espoirs, un métier qui la passionne, mais de plus en plus précaire en raison de la difficulté à gérer les effets de l'alcool. Entre angoisses cachées et angoisse de voir s'évanouir le rêve de passer de petits rôles à protagoniste, Herry maintient toujours une fluidité de récit à travers les saisons et les années, avec une note de légèreté et d'insouciance, tandis que le soutien qu'il a toujours cherché dans le vin commence aussi à recevoir d'une belle histoire d'amour avec Pauline (une touchante Sara Giraudeau), plus âgée qu'elle, une présence d'une grande douceur et la mélancolie dans les yeux de celle qui avait abandonné la recherche de la femme de sa vie.
Moins concentré et réussi que les précédents, Garance est ennobli par une magnifique interprétation d'Exarchopoulos, capable de toujours être crédible dans ses imperfections, souffrant des multiples implications complexes d'un thème sans limites et cahoteux comme celui de l'addiction. Deux heures, c'est sans doute trop long, mais le ton ne cède jamais aux coups bas et aux raccourcis.