Hlynur Pálmason raconte la fin d'une histoire d'amour, laissant l'histoire se dérouler et glisser là où la poésie croit et veut le mieux. La critique de L'amour qui reste de Federico Gironi.
C'est un peu comme si Hlynur Pálmason avait pris une histoire – l'histoire d'un mariage qui se termine, d'un couple qui se sépare – et l'avait laissée à l'air libre, pour fondre, comme un bloc de glace au soleil, et qu'elle restait là à la regarder se disperser en mille ruisseaux, glisser de manière libre et imprévisible, reflétant sur sa surface brillante le monde qui passait autour de lui et essayant de regarder à travers l'opacité de son intérieur.
Des scènes de mariage, certes, mais sans beaucoup de mots, sans scènes, sans philosophie, sans dissections impitoyables. Le titre dit pourquoi, The Love That Remains. Et aussi parce que Pálmason n'est pas un entomologiste rigoureux mais un poète souple, et que les scènes qu'il monte dans son film sont libres, distraites, imprévisibles, toujours ou presque toujours empreintes de symbolisme, de métaphores et d'allégories, ou en tout cas de tout ce qui capte le regard et l'attention de son œil enclin à la déviation et plus encore à l'éloignement.
Le début semble presque naturaliste, presque, mais on comprend immédiatement que The Love That Remains va dérailler, et on n'est pas surpris si même des moments visionnaires et surréalistes arrivent à la fin, car tout ce que raconte Pálmason est transfiguration et déviation, parce que l'histoire du film – si on peut l'appeler ainsi – est reconstruite en joignant des points apparemment faux, déconnectés, appartenant à des décors lointains, et c'est une histoire d'autant plus efficace que les images fortes que Pálmason les utilisations sont. à l'écran, suscitant une attention suscitée par la curiosité et la fascination esthétique, avant même le désir d'en déduire un récit.
Un toit découvert, des pelouses et des lacs gelés, un bateau de pêche raconté aussi bien que ce qui n'est pas arrivé depuis l'époque de Léviathan (le documentaire, pas le film de fiction), un poteau planté dans une prairie surplombant la mer, des plaques de métal laissées rouiller sur le tissu, un poulailler à l'ombre d'un bosquet d'arbres et encore du poisson à nettoyer, des cuisses de poulet sur le gril, des camionnettes en panne, des Land Rover à moitié gelés : comme disent les critiques de l'art, le film de Pálmason est un film matériel, tellement obsédé par la dimension physique de ce qu'il raconte image après image, d'autant plus capable de le rendre abstrait et vaguement irréel. Au milieu, un homme, une femme, des enfants. Un chien. Le fantôme du sexe – qui est contact physique, corporéité, matière organique – qui est évoqué, qui plane. Tant de solitude.
En fin de compte, comme Pálmason l'admet explicitement à la fin, The Love That Remains est un film fait de rien et pourtant de tout sur un homme à la dérive, sur une femme seule qui réfléchit, sur des enfants qui sont blessés mais finalement pas trop ; sur les souvenirs, le temps qui passe, la fugacité d'un instant. Mais surtout d'un homme à la dérive, qui ne coule pas, mais flotte sur l'amour qui reste : un peu de bénédiction, un peu de condamnation.