Le film Elden Ring risque beaucoup : 5 choses qu'Alex Garland ne peut absolument pas faire de mal


Depuis son annonce, le film Elden Ring est l’un des plus attendus de ces dernières années. D’un côté il y a Alex Garland, réalisateur d’Ex Machina, Annihilation et Civil War, un auteur capable de décrire des mondes complexes sans traiter le spectateur comme un simple observateur. D'autre part, il existe l'un des jeux vidéo les plus importants de la dernière décennie, né de la collaboration entre Hidetaka Miyazaki et George RR Martin.

Le casting comprend Kit Connor, Emma Laird, Ben Whishaw, Cailee Spaeny, Nick Offerman, Tom Burke, Havana Rose Liu et Peter Serafinowicz. Le tournage est terminé et le film va désormais entrer dans la longue phase de post-production, en vue d'une sortie prévue le 3 mars 2028. Mais c'est là que se pose le problème : Elden Ring ne vit pas seulement de son histoire, mais surtout de l'ambiance, du mystère et des sensations qu'il parvient à transmettre au joueur. Et c’est ce que Garland devra apporter au grand écran.

Un Senzaluce qui est vraiment un protagoniste

Dans le jeu vidéo, Senzaluce est en fait le joueur lui-même. Il n'a pas de personnalité définie et son parcours change en fonction des choix de celui qui détient le contrôleur. Au cinéma en revanche, cette solution ne peut pas fonctionner. Le protagoniste doit avoir une véritable évolution émotionnelle, des motivations crédibles et un parcours capable d'impliquer même ceux qui n'ont jamais mis les pieds dans l'Interrègne. C'est probablement le défi narratif le plus délicat de tout le projet.

L'interrègne doit paraître immense

Quiconque a joué à Elden Ring se souvient parfaitement de la première fois où il a quitté le Sepolcride et s'est retrouvé face à l'immensité de l'Interrègne. Ce n'était pas seulement un décor spectaculaire : c'était un monde dans lequel on se sentait petit et le film devra recréer ce même sentiment. Des vues à couper le souffle ou une grande quantité d'effets spéciaux ne suffiront pas : châteaux, ruines, objets et même cadavres racontent des histoires sans avoir besoin de dialogue. C'est le langage d'Elden Ring, et Garland devra trouver un moyen cinématographique de le préserver. L'Interrègne devra apparaître ancien, décadent, vivant dans sa mort, avec le sentiment que chaque ruine recèle une histoire bien plus grande que celle racontée à l'écran.

L'histoire tragique de Marika ne peut pas être un résumé

Une grande partie du charme d'Elden Ring vient de son histoire millénaire. Le Shattering, la rébellion de la reine Marika, les Grandes Runes et la guerre entre les demi-dieux forment le cœur de l'univers imaginé par Miyazaki et George RR Martin. Garland devra trouver le bon équilibre : expliquer suffisamment pour que l'histoire soit compréhensible, mais sans transformer le film en une longue leçon de savoir. C'est une frontière très mince, et elle sera décisive pour conquérir à la fois les fans historiques et le public qui découvrira Elden Ring pour la première fois.

Il ne faut pas oublier que toute l'histoire précédant les événements du jeu, depuis la famille de Marika jusqu'aux guerres entre les demi-dieux, a été construite par George RR Martin. Renoncer à cette dimension politique et dynastique reviendrait à appauvrir l'un des aspects les plus originaux de l'univers d'Elden Ring.

Les patrons devraient ressembler à des dieux, pas seulement à des monstres

De Malenia à Radahn, en passant par le Géant de Feu et les dragons ancestraux, les affrontements d'Elden Ring ne sont pas de simples combats. Ce sont des événements presque mythologiques. Le plus grand risque serait de transformer ces personnages en créatures fantastiques normales. Chaque boss doit donner le sentiment d'affronter une légende vivante, avec des combats qui ont un poids épique, et qui ne sont pas seulement visuellement spectaculaires.

Garland n'a pas besoin de tout expliquer

Venons-en au point le plus important de tous. Les jeux FromSoftware ont construit leur succès précisément sur la capacité de dire sans dire. Les descriptions d'objets, l'architecture, les dialogues fragmentés et l'exploration permettent aux joueurs de reconstituer le monde petit à petit. Le cinéma ne peut pas reproduire ce mécanisme, mais il peut s’inspirer de la même philosophie. Si le film choisissait d’expliquer chaque détail par le dialogue et l’exposition, il perdrait immédiatement une grande partie du charme de l’œuvre originale. Alex Garland, de ce point de vue, est probablement l'un des rares réalisateurs capables de faire confiance à l'intelligence du spectateur.

La bande originale aura également un rôle déterminant : elle devra véhiculer la même mélancolie qui accompagne chaque étape de l'Interrègne, sans transformer le film en un heroic fantasy traditionnel. S’il parvient à respecter ces cinq éléments, le film Elden Ring pourrait devenir l’une des plus grandes adaptations vidéoludiques jamais réalisées. Sinon, le risque est de proposer une aventure spectaculaire, mais sans cette âme mélancolique et mystérieuse qui a fait du jeu un chef-d'œuvre.