Kidnappées et vendues par l'Etat islamique, puis guerrières contre Daesh : l'histoire vraie des femmes du Serpent Rouge


La guerre contre ISIS est souvent racontée à travers les combats, les territoires conquis et reconquis, les armes et les images des combattants. Red Snake choisit plutôt la perspective féminine et place au centre les femmes qui ont répondu à la violence djihadiste d'une manière tout sauf évidente : en combattant.

Le film, réalisé par Caroline Fourest, suit l'histoire de Zara, une jeune yézidie interprétée par Dilan Gwyn. Après que son village ait été saccagé et son père tué, la jeune fille est kidnappée et vendue à l'Etat islamique pour être contrainte à l'esclavage sexuel. Mais Zara parvient à s'enfuir et finit par entrer en contact avec la Brigade Serpent, un groupe de combattants internationaux qui soutient la résistance kurde.

A partir de ce moment, une seconde vie commence. Zara apprend à utiliser les armes, à affronter ses bourreaux et surtout à ne plus se considérer comme une simple victime. A ses côtés, il trouve un groupe de femmes très différentes les unes des autres, mais unies par les mêmes idéaux.

Red Snake : l'intrigue du film sur les femmes combattant ISIS

Dans la Brigade Serpent, Zara rencontre Kenza (Camélia Jordana), une jeune franco-algérienne qui a perdu sa sœur à cause des jihadistes ; Yael (Esther Garrel), une Israélienne ; Mère Soleil (Maya Sansa), une Italienne qui porte avec elle le traumatisme d'un viol subi dans sa jeunesse ; Snipe (Nanna Blondell), un soldat qui a déjà combattu en Irak ; et Lady Kurda (Noush Skaugen), une femme kurde de la diaspora qui affronte même la guerre avec une passion pour les selfies.

Ce sont des femmes très différentes, mais pour Zara, elles deviennent une famille et, surtout, la démonstration que la violence qu'elles subissent ne doit pas être le dernier mot de leur vie. Le film construit ainsi son parcours autour de la transformation du protagoniste : de proie à combattant, de peur à action. Et la relation entre les femmes est un des éléments centraux du récit, car leur solidarité devient une arme presque aussi dangereuse que celles qu'elles apprennent à utiliser.

Pour eux, la confrontation avec l’EI est une affaire personnelle. En effet, les djihadistes craignent d’être tués par une femme car, selon une croyance attribuée aux combattants de Daesh, cela les empêcherait d’accéder au paradis. Les femmes de la Snake Brigade deviennent ainsi aussi une sorte de cauchemar pour leurs ennemis : non seulement parce qu’elles les affrontent sur le terrain, mais parce qu’elles représentent l’exact opposé de l’idéal de la femme que l’extrémisme voudrait imposer.

L'histoire vraie derrière Red Snake

L’histoire racontée par Red Snake naît d’une réalité bien précise : celle des femmes qui, venues de différents pays européens, sont parties volontairement en Syrie pour rejoindre les milices kurdes et lutter contre Daesh. Le film s'inspire notamment de la douloureuse histoire vraie de Nadia Murad, prix Nobel de la paix en 2018, et de l'expérience des combattants qui ont choisi de soutenir les forces kurdes dans la défense du Rojava (la région autonome du nord de la Syrie devenue l'un des principaux fronts de la lutte contre l'EI). Un conflit également raconté par Zerocalcare dans la célèbre bande dessinée, qui a contribué à faire connaître au public italien cette partie du monde et la résistance contre les milices fondamentalistes.

C'est Caroline Fourest, journaliste et essayiste française, engagée depuis toujours sur les questions du féminisme, de la laïcité et de la lutte contre le fondamentalisme religieux, qui transforme ce sujet en film. Red Snake représente ses débuts dans la fiction après une longue expérience dans le documentaire et est née du désir de raconter l'histoire de la guerre contre ISIS à travers des femmes qui ont décidé de la combattre de première main.

Une histoire puissante qui a suscité la discussion

L’histoire racontée par Red Snake est sans aucun doute puissante, mais la manière même dont le film choisit de la représenter a suscité de nombreuses controverses. Le Collectif des combattants francophones du Rojava (CCFR) a appelé au boycott du film, accusant Fourest d'avoir « dénaturé la réalité historique » et de ne pas représenter correctement ni les combattants ni la cause kurde que le film prétend défendre. Parmi les reproches, il y a aussi celui d'avoir idéalisé certains aspects de la guerre et la contribution des combattants kurdes pour les adapter aux besoins de l'histoire.

Fourest a répondu tout aussi clairement aux critiques, accusant le collectif d'être essentiellement un groupe anonyme sur les réseaux sociaux et rejetant les accusations portées contre le film. C'est une question qui préoccupe de nombreux films inspirés de conflits réels : dans quelle mesure est-il légitime de simplifier une guerre pour la transformer en récit cinématographique ? Et surtout, que se passe-t-il lorsque les gens qui ont vécu cette guerre ne se reconnaissent pas dans l'histoire qui en est racontée ?

Cependant, Red Snake reste intéressant car il se construit autour d'une réalité difficile à ignorer : celle des femmes qui, de différentes manières, ont décidé de réagir aux violences de l'EI. Derrière la fiction se cachent des gens qui ont réellement pris les armes et ont risqué leur vie pour combattre l’une des organisations terroristes les plus brutales des dernières décennies.