15/18 adolescents en psychiatrie : la critique du film de Cédric Kahn présenté à Venise

Un groupe d'adolescents entre 15/18 ans dans un service de psychiatrie d'un hôpital public comme tant d'autres. Le cinéma français est capable de s'imprégner habilement des institutions cruciales de la société. Cédric Kahn le confirme dans ce portrait passionné et sensible de la fragilité. Critique de Mauro Donzelli à la Mostra de Venise.

Une certaine distance. Celui entre ceux qui soignent et ceux qui sont soignés, qui doivent être soigneusement flexibles, capables de maintenir un détachement sévère (apparent), mais aussi de se réduire quand cela est nécessaire jusqu'à se fondre dans une étreinte. C'est une question de centimètres d'émotion, la justesse habituelle avec laquelle Cédric Kahn a mis en scène un hôpital et son quotidien, au sein d'un service un peu particulier et différent des autres. Par ailleurs, on observe ces dernières années, en France, une attention toujours croissante à la narration au cinéma, avec une capacité introuvable sous d'autres latitudes, de la part des institutions publiques les plus proches des citoyens. Des hôpitaux, comme évoqué, mais aussi des écoles et autres exemples en difficulté mais encore solides dans l'âme de la « république » qui représentent la fierté de ce qui reste de l'État providence.

Nous sommes dans un service psychiatrique pour adolescents, entre 15/18 ans comme le résume le titre, dans un hôpital public comme tant d'autres. Un lieu à la frontière entre l'enfance et la vie adulte, parmi des familles qui apparaissent dans l'espoir de pouvoir ramener à la maison leurs enfants, souffrant d'un large éventail de problèmes psychiatriques, de la dépression grave aux tentatives de suicide répétées. Nous regardons dans les médiasquand tout dans le département est en mouvement, comme chaque matin. Le personnel médical se rassemble, attentif à chaque patient mais aussi à ce cynisme finalement affectueux qui, comme on l'a découvert, peuple les conversations de ceux qui portent une blouse. Il y a du nouveau, qui n'est pas vraiment une nouveauté, étant donné que Lucia, 17 ans, est allée plusieurs fois au 15/18. C'est la police qui l'amène, comme cela arrive souvent, et elle retrouve quelques amis d'expérience, comme Eloïse, qui représente dans l'analyse très minutieuse et documentée de Kahn ces jeunes destinés à une hospitalisation de longue durée, à la limite de la « peine sans fin ».

Le groupe est varié, représentant des pathologies, des classes sociales et des luttes quotidiennes très différentes, mais il ne se passe pas un jour sans qu'une crise n'explose et que la solidarité entre patients ne soit mise à l'épreuve, ou ne se consolide, tout comme l'affection que nous, spectateurs, commençons à éprouver pour cet étrange groupe d'âmes fragiles et en souffrance. Comme dans le meilleur cinéma français, il n'y a pas de jugement ni de recherche de raccourcis sociaux de supermarché. Le réalisme règne, la partition joue sans fausses notes et les médecins écoutent et discutent. L'attention humaine règne, au point de rendre fier Hippocrate, pour rappeler un film puis une série française à succès se déroulant dans le monde de la santé publique.

Tout va bien, au point qu'on n'est pas trop surpris par ce qui se passe, par les hospitalisations et les grandes guérisons, par les événements inattendus et par l'espoir mêlé d'émotion que parvient à offrir ce regard au-delà des portes closes du département. Kahn, ici également acteur dans le rôle du médecin-chef sévère mais juste, se permet alors un élément d'entropie supplémentaire dans cet univers, aussi labyrinthique que les esprits jeunes et énergiques d'adolescents éprouvés par la souffrance. Sexe. Ou plutôt de la jalousie et des rêves d'évasion romantique lorsqu'un nouveau patient, Enzo, fait irruption dans les couloirs et menace avec succès de tout remettre en question. Il n'y a pas de solutions, en dehors de la comparaison et du travail quotidien de ceux qui examinent et de ceux qui doivent avoir la force de réagir, et la prise en charge d'un esprit jeune comme celle des adolescents est encore plus instable. Et le film tire le meilleur parti de cette tornade, en harmonisant au maximum le casting d'acteurs avec celui de jeunes non-professionnels.