Il n’avait que dix ans lorsqu’il dut quitter son domicile pour échapper aux persécutions nazies. Avec son frère Maurice, douze ans, Joseph Joffo a entrepris un voyage à travers la France occupée, essayant d'atteindre la zone libre et de survivre sans révéler son identité. Ce n'était pas une histoire inventée pour le cinéma : ces deux enfants avaient réellement existé et leur évasion allait devenir le récit autobiographique de l'un des livres les plus lus sur la persécution des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.
De ces pages est né Un sac de billes, le film de 2017 réalisé par Christian Duguay, avec Dorian Le Clech et Batyste Fleurial Palmieri dans le rôle des deux frères, soutenus par Patrick Bruel et Elsa Zylberstein dans le rôle de leurs parents. Une histoire qui raconte l'Holocauste à travers les yeux d'enfants, suspendus entre la peur d'être découvert et le désir de vivre comme tout le monde.
L'intrigue d'Un sac de billes : deux frères en fuite en France occupée
Paris, 1941. Joseph et Maurice Joffo sont deux frères juifs qui mènent une vie paisible avec leur famille, jusqu'à ce que l'occupation nazie et les lois antisémites rendent leur quotidien de plus en plus dangereux. Lorsque la menace devient réelle, le père décide de les séparer du reste de la famille et confie aux deux garçons la tâche de rejoindre la zone libre de France, où il espère qu'ils seront en sécurité. Ainsi commence un voyage semé d'embûches pour Joseph et Maurice. Ils doivent apprendre à reconnaître les dangers, à obtenir des documents, à franchir les postes de contrôle et surtout à cacher qu’ils sont juifs.
Un mot erroné ou un chèque inattendu pourrait leur coûter la vie. Ce qui les sauve, ce n'est pas seulement le courage, mais aussi la capacité d'improvisation, la solidarité de certaines personnes rencontrées sur le chemin et le lien qui les unit. Tout en essayant de retrouver leurs parents, les deux frères sont obligés de grandir rapidement. Leur fuite n’est pas une aventure au sens commun du terme : derrière chaque rencontre et chaque tentative de continuation se cache en effet le risque d’être arrêté. Le film suit ainsi le passage douloureux de l'innocence de l'enfance à la conscience de la brutalité du monde des adultes.
Un sac de billes est-il une histoire vraie ?
Le film est basé sur le roman autobiographique de Joseph Joffo, publié en France en 1973, dans lequel l'auteur raconte son expérience pendant l'occupation nazie avec son frère Maurice. Les deux enfants quittèrent en réalité Paris pour échapper à la persécution des Juifs et traversèrent la France en essayant de rejoindre des endroits où il était possible de se cacher. Leur histoire se déroule à une époque où la situation des Juifs français devient de plus en plus dramatique. Porter l'étoile jaune, être arrêté par les autorités ou ne pas prouver son identité peut entraîner une arrestation et une expulsion.
Pour cette raison, les frères ont dû apprendre à mentir sur leurs origines et à agir avec une prudence qu'aucun enfant ne devrait être forcé d'avoir. L'expérience de Joseph et Maurice ne fut pas sans rencontres décisives et moments de peur. Durant le voyage, ils se retrouvèrent également entre les mains des Allemands à Nice, mais réussirent à survivre. La version cinématographique de 2017 ne reproduit pas tous les épisodes de l'histoire. Cependant, Joffo lui-même, interviewé à l'occasion de la sortie du film, a reconnu avoir retrouvé à l'écran l'esprit de son enfance, sa relation avec son frère et plusieurs moments fondamentaux de son histoire.
Que signifie le titre du film avec Patrick Bruel ?
Le titre du film cache un épisode réel, raconté par Joseph Joffo lui-même lorsqu'on lui a demandé d'où lui venait l'idée de son livre. Un jour, avant la fuite, l'enfant s'est présenté à l'école avec l'étoile jaune cousue sur sa veste, imposée aux Juifs par les autorités allemandes. Un camarade de classe l'a remarqué et, le prenant pour une sorte de décoration, a proposé de l'échanger contre un grand sac de billes. Joseph accepta l'échange : il ôta l'étoile et prit les billes.
Ce geste, dans la simplicité du monde enfantin, ne pouvait ressembler qu'à un marché entre deux enfants. Pourtant, à ce moment-là, un symbole imposé par la persécution était traité comme n'importe quel autre objet, au centre d'un échange destiné à rester dans la mémoire de l'auteur. C’est précisément cet épisode qui a inspiré le titre du livre autobiographique publié en 1973. Les billes font référence à l’enfance et à la normalité que Joseph aurait aimé préserver. L'étoile jaune représente pourtant l'identité qui lui a été imposée et qui l'a exposé au danger.