Arco, la critique du film d'animation d'Ugo Bienvenu, un portrait motivant du meilleur de l'humanité

Arco arrive dans nos salles, le film d'animation français d'Ugo Bienvenu, nominé aux Oscars, lauréat à Annecy et aux Annie Awards. Une synthèse de diverses inspirations illustres, mais avec une fonction sociale profondément ressentie. Notre avis.

Année 2075 : Iris est une petite fille dans un monde très similaire au nôtre, dans lequel cependant des androïdes comme elle Mikki s'occupent d'elle et de son petit frère lorsque ses parents sont en voyage d'affaires (ils se connectent avec elle via des hologrammes, mais à juste titre cela ne suffit pas à Iris). Son désir d'évasion trouve un débouché inattendu lorsque, avec une traînée semblable à un étrange arc-en-ciel automoteur, son homologue Arco tombe dans une forêt voisine : il arrive de centaines d'années dans le futur, il voulait voyager dans le temps comme les adultes, mais il a perdu le contrôle de son costume…

Arco est le premier long métrage d'Ugo Bienvenu, également co-scénariste, avec quinze ans de courts métrages derrière lui et un don à ne pas sous-estimer : la confiance dans la construction de sa propre voix, combinant esthétique et contenu reconnaissable des meilleures inspirations, sans rester subjugué par elles ou, pire, produire une expérience inerte et dérivée. Car il est clair que l'utilisation de la couleur, l'attention portée à la nature et la fascination pour les androïdes et l'architecture futuriste viennent du Studio Ghibli ou de Hayao Miyazaki. En même temps, la conception des personnages, peu captivante selon un style consolidé, semble être passée à la fois par les suggestions de Moebius (dans l'apparence des voyageurs temporels) et par cette immédiateté lysergique du pop art dans le style Yellow Submarine (dans le regard des trois individus mystérieux qui suivent secrètement nos héros). Et finalement, la figure d'un androïde empathique comme Mikki est une déclinaison plus sage de ces robots emblématiques et affectueux vus aussi bien en Europe avec le chef-d'œuvre My Robot Friend de Pablo Berger, qu'à l'étranger avec The Wild Robot de Chris Sanders. On pourrait remonter encore plus loin, car on ne peut s'empêcher de penser à Wall-E ou ET. Le scénario utilise ensuite des dynamiques de voyage dans le temps entrées dans l'imaginaire collectif : le public quelque peu désemparé, qui a introjecté Navigateur ou Retour vers le futur, appréciera de respecter certaines « règles » désormais considérées comme allant de soi et les anticipera.

Cependant, il serait difficile d'entrer dans le top cinq des Oscars, de remporter le Festival du film d'Annecy et l'Annie Award de la meilleure œuvre indépendante, simplement avec un collage paresseux et convivial, même s'il est réalisé de manière experte. On a le sentiment qu'heureusement Bienvenu a utilisé ces modèles non seulement pour des citations en eux-mêmes, mais au nom de leur âme esthétique et narrative, d'un captivant hymne à la jeunesse : il pourrait passer inaperçu si l'on ne faisait pas un choix très intelligent. Le changement climatique et ses ravages sont l'échafaudage sur lequel s'appuient les deux décors, les mondes d'Iris et d'Arco, pourtant les deux époques représentées… semblent avoir trouvé des solutions plus ou moins stables pour notre survie. Dans le « présent » d'Iris, il y a même des dômes automatiques qui protègent les maisons des intempéries ou des incendies dévastateurs. Le futur d'Arco est idyllique, suspendu, en contact avec la nature, limité technologiquement : nous vivons dans les nuages ​​parce que nous donnons à la Terre la chance de se régénérer. Pourtant, Iris et Arco sont agités et veulent aller au-delà de tout cela. Pourquoi? Ils sont jeunes et, en tant que jeunes, ils font avancer le monde et la société, indépendamment de. Ils n'attendent pas et ne s'installent pas. Bienvenu ne les met pas en scène avec des stéréotypes rebelles : Iris et Arco le sont si spontanément… Et l'évolution de l'être humain, la meilleure, celle qui nous permet de sortir indemnes de nos autodestructions les plus paresseuses et les plus obtuses, est déjà inscrite dans nos instincts qu'incarnent la petite fille et le petit garçon.

Iris est la visionnaire des deux, prête à croire l'impossible dans une société qui en a aussi fait une réalité avec des androïdes partout, même si l'habitude a remplacé la force de s'étonner (à cet égard, la motivation des méchants est devinée, mais ne la gâchons pas). Dans une scène significative, sa précieuse propension passe pour un dessin, pour le désir d'Iris de donner corps avec du papier et un crayon à l'avenir que lui raconte Arco… et la chose devient sacrément sérieuse, derrière ce vernis de science-fiction pour les familles : Arco est un film construit sur l'importance de cultiver l'imagination même lorsque nous sommes en équilibre, car elle peut s'avérer précaire et il n'y a pas de meilleur moyen de toujours être préparé. Le film tout entier est précisément une contribution à cette cause, car il nous stimule précisément avec les images qui viennent du futur qu'il raconte : ce ne semble pas être une coïncidence si le long métrage porte le nom du protagoniste comme titre, car il se présente à nous comme il le fait dans l'histoire, nous encourageant à regarder en avant avec la curiosité qui nous sauvera.