Argonuts taquine la mythologie grecque avec une histoire optimiste d’animaux qui parlent, de dieux capricieux, de cyclopes affamés et de scorpions amicaux. Notre avis.
Argonuts – Mission Olympe nous a rappelé le légende urbaineselon laquelle une bourdon (ou plutôt un bourdon) pour le les lois de la physique ne pouvaient pas volerpourtant ça vole. Le film d’animation françaisréalisé par David Alaux et créé par TAT Productions qu’ils nous ont déjà présenté Marcher avec Willy Et La vie dans la jungle !incarne en fait le slogan plus que vous ne le pensez… jusqu’au bout.
Là histoire pareil que Argonuts c’est un pastiche de liberté téméraire : dans leLa Grèce ancienne là Souris Pixifille adoptive du chat mesuré et paisible Sam, rêve d’aventure au moment où un caprice de Poséidon met en péril sa petite ville, Yolkos (où les amis souris agissent… ninja ?!?!). Pour résoudre la situation et récupérer un trident précieux qui ornerait une statue revendiquée par le dieu, il faut partir pour une île mystérieuse, et ce serait une mission pour le Argonautes: juste ça Jason il a maintenant plus de quatre-vingt-dix ans et est mal orienté, et ses compagnons sont précaires, comme des zombies maladroits ressuscités pour l’occasion. Pixi sera navigateurprêt à affronter de dangereux cyclopemais vertes… qui au soleil deviennent des arbres, dans une variation sur le thème de troll. Le tout avec l’aide de scorpions de bonne humeurqui prêchent la bonté, et un mouette estropiée qui ressemble à l’ancienne version de Scuttle de la Petite Sirène.
Soyons clairs : il s’agit d’un délire, si vous vous arrêtez un instant pour réfléchir. David Alaux échange sa place avec les associés Eric & Jean-François Tosti, dans les autres oeuvres réalisateurs et ici avec lui co-scénaristes, et parvient certainement à faire un Production CGI européenne ce qui n’est pas approximatif dans le rendement technique. Les animations, bien que l’équipe TAT ne soit pas numériquement comparable à la compétition étrangère, sont correct et expressifle direction artistique colorée et ensoleilléemais cela ne suffit certainement pas à expliquer l’énigme. Pourquoi Argonuts travaille-t-il sans idées particulièrement fortes, juxtaposant toutes ces idées incompatibles sur le papier ? Au final sa recherche du fun sans hésitation passe par des choix qui dans d’autres dessins animés à petit budget sont indigestes, comme l’utilisation d’une musique pop ou dance qui peut être dansée hors contexte.
Et pour trouver un moyen d’expliquer le plaisir qu’Argonuts a suscité en nous, il suffit de se remettre à bombarder… bourdon. Apparemment celle du « bourdon qui ne pouvait pas voler à cause des lois de la physique » est une légende urbaine tous azimuts : il peut voler, car son battement d’ailes a une vitesse très différente de celle d’un oiseau, bien plus élevée. Et voilà, Argonuts ne cesse de battre des ailes : il suit une direction solide dans sa boussole, fixe son personnages avec un chemin narratif clair et des conflits simples mais bien dosés entre les gags, et surtout ne perd jamais le contrôle du rythme: cadencé sans être hystérique, ça ne s’éteint jamais. Ce corps narratif, lourd du fait de l’accumulation de traditions hétérogènes, a un « battement d’ailes » très rapide et constant… d’où la « fuite » desgaieté est toujours garanti. Peut-être qu’Alaux et les siens ne savent pas vraiment ce qu’ils font, mais ils savent certainement comment le faire, et surtout Pourquoi le faire: quand on ne se prend pas trop au sérieux et qu’on sait faire son métier, on emporte chez soi le fruit de la sympathie et on ressent le désir sincère de amusez-vous avec le spectateur.