Un homme habitué à respecter les règles et à jouer le rôle d'un professeur respectable découvre que ses jours sont comptés. C'est à partir de cette prémisse que commence Goodbye Professor, le film réalisé par Wayne Roberts avec Johnny Depp dans le rôle de Richard Brown, un professeur universitaire de littérature qui, après un diagnostic de cancer du poumon avancé, décide d'arrêter de vivre selon les attentes des autres.
Richard rejette l'idée de subir un traitement agressif pour gagner plus de temps et commence à agir comme s'il n'avait plus rien à perdre. Il fume, boit, se livre à des excès, dit tout ce qui lui passe par la tête et cesse de se soucier de la politesse. Même en classe, il change radicalement d'attitude : il ne veut plus enseigner pour préparer les élèves à une carrière, mais les pousser à remettre en question la vie qu'ils souhaitent réellement. Mais sous des dehors provocateurs, le film raconte aussi l'histoire d'un homme contraint de faire face à des occasions manquées et à des relations qu'il a négligées. Et Richard, au moment où il semble déterminé à tout gâcher, commence à trouver une autre façon d'être proche des gens qu'il aime.
Le diagnostic du cancer et le choix de vivre sans règles
La nouvelle de la maladie arrive alors que Richard est encore plongé dans sa routine. Le médecin lui dit que le cancer du poumon est à un stade avancé et que, sans traitement, il lui reste environ six mois à vivre. Les traitements pourraient prolonger sa survie, mais impliqueraient un voyage difficile et douloureux. Richard décide de ne pas le confronter. À partir de ce moment, le professeur cesse de jouer le rôle de l’homme qu’il a toujours essayé d’être. Sa rébellion touche avant tout le travail : pendant les cours, il abandonne le programme, provoque les étudiants et invite à partir ceux qui ne s'intéressent qu'aux notes et aux perspectives de carrière. Ceux qui restent sont ceux qui sont prêts à écouter quelque chose de différent des cours académiques habituels.
La même transformation concerne la vie privée. Son mariage avec Veronica (Rosemarie DeWitt) est déjà en crise, sa femme lui avoue avoir une liaison avec le doyen de l'université et sa relation avec sa fille Olivia (Odessa Young) est marquée par la distance et les incompréhensions. Richard, qui au début a du mal à parler de son diagnostic à sa famille, commence cependant à paraître plus sincère et moins critique, leur offrant la voix d'écoute qui avait toujours manqué. Les excès ne sont donc pas seulement une évasion de la peur de la mort. Ils sont aussi la manière, bien qu'autodestructrice et contradictoire, avec laquelle Richard tente de se libérer d'une vie construite davantage sur des conventions que sur des désirs authentiques. Goodbye Professor met en évidence la fracture entre le temps passé à faire plaisir aux autres et le temps restant pour comprendre ce qui compte vraiment.
Au revoir professeur, la fin expliquée : peut-on rattraper le temps perdu ?
Dans la dernière partie, Richard semble avoir reconstruit sa relation avec sa femme et surtout avec sa fille. Malgré les blessures et les contradictions de leur relation, il parvient à exprimer des sentiments qu'il avait longtemps cachés. La maladie continue cependant de progresser et il ne change pas d’avis sur le choix d’abandonner le traitement. La fin le montre au volant de sa voiture, lors d'une course nocturne qui prend un sens particulier. Le protagoniste accélère et fait face à la route avec une expression qui semble mélanger la peur, l'abandon et une forme paradoxale de sérénité. La séquence se termine sans montrer explicitement de mort et laisse donc place à la lecture symbolique de la scène.
La course peut être interprétée comme le dernier voyage, une image de la mort imminente à laquelle il a décidé d'affronter selon ses propres conditions. Mais c'est aussi l'aboutissement de son parcours : Richard ne peut arrêter la maladie et ne peut pas récupérer les années qu'il a vécues. Il ne peut choisir comment naviguer que dans le temps qui lui reste. Le sens de la fin ne réside donc pas tant dans la connaissance exacte de ce qui se passera ensuite, mais dans le contraste entre la fin inévitable et le sentiment de liberté qui accompagne la dernière séquence. Il ne suffit pas d'enfreindre toutes les règles pour être heureux, mais vous pouvez arrêter de reporter chaque choix à un avenir qui n'est jamais garanti.
Qui était Betty Sue Depp : la mère de Johnny à qui le film est dédié
Il y a un dernier détail qui n'est découvert qu'à la fin du générique. Goodbye Professor est dédié à Betty Sue Depp, la mère de Johnny Depp, décédée en mai 2016 à l'âge de 81 ans. Il s'agit d'un hommage personnel qui ajoute une note intime et personnelle au film, mais qu'il ne faut pas confondre avec un lien autobiographique : rien ne permet d'affirmer que l'histoire de Richard découle directement du deuil de l'acteur. La dédicace reste ainsi une trame de fond discrète, qui accompagne les adieux du protagoniste sans transformer l'histoire en un récit de la vie privée de Depp.