Un bateau amarré sur la Seine à Paris devient un microcosme de malades psychiatriques en quête d’évasion. Le documentaire Sur l’Adamant de Nicolas Philibert a été présenté en compétition au Festival de Berlin. L’avis de Mauro Donzelli.
Il est catégorique, rien ne peut l’émouvoir. Dès son nom, d’après sa prononciation en italien, cette garderie flottante est un point de référence. Sur l’Adamant est un documentaire qui raconte des jours de la vie quotidienne ordinaire d’une réalité ancrée au bord de la Seine, dans le cœur moderne et central de Paris, qui accueille patients souffrant de troubles mentaux, offrant un lieu commun dans lequel se déplacer, dans l’espace et au bon moment, pour (re)nouer des contacts humains avec des personnes de toutes sortes, avec des patients et des bénévoles, des psychiatres et du personnel soignant. Le tout dans un contexte où s’isoler de la déshumanisation des sociétés contemporaines e face à face, parler, aux côtés des proches et de ceux qui, pour le travail ou une mission idéale, construisent au jour le jour un quotidien avec les patients. Cours, danse, festivals de cinéma, toute forme d’activité culturelle, tant qu’ils sont menés ensemble.
Nicolas Philibert il est un observateur expert de la vie quotidienne des groupes sociaux, il l’a fait avec d’excellents résultats avec Être et avoir, qui est devenu un classique sur les enfants à l’école. Cette fois, il a mis son regard jamais jugeant, mais empathique et non stérilement analytique, au service d’un lieu toujours en mouvement, dans lequel le concept même de marginalité prend un contexte moins gonflé et banal. Ce sont des gens surprenants au passé souvent traumatisant, mais aussi très intéressants, ceux que l’on connaît à bord de l’Adamant. Une réalité toujours en mouvement, dans laquelle se lit la passion de la discussion, dans laquelle chaque patient reçoit une solution personnalisée à sa condition, sans nier mais plutôt en recherchant en permanence une dynamique de groupe, de partage.
Le protagoniste est alors sans aucun doute cette arche très particulière, qui rassemble des spécificités si différentes. Construit en bois, en étroite collaboration entre architectes, patients et médecins, capable de s’ouvrir sur l’extérieur par de larges baies vitrées donnant sur le fleuve, mais d’où il est également possible de voir l’activité frénétique d’un pont et des rues qui bordent la Seine. Un endroit pour faire une pause, avant (espérons-le) de reprendre le voyage, comme cela arrive à la population qui le fréquente. Avec un objectif clair : éviter que la peur et les symptômes n’enferment les patients chez eux. De ce point de vue, vous pouvez aussi y aller juste pour boire un café, dire bonjour ou commencer à lire.
Un voyage passionnant, grâce surtout au choix d’au moins un couple de protagonistes réellement capables de capter l’attention, car ils démontrent à quel point l’excentricité ou la souffrance mentale sont aussi une ressource, un moyen de se reconnecter au monde et de renouer ses liens. Pas une marginalité qui devient un fardeau à exclure, à cacher.