Parfois même dans la mort on peut manquer de chance, quand son départ terrestre coïncide avec la tempête médiatique qui s’est déchaînée autour de celui de ceux qui, à tort ou à raison, sont considérés comme les plus illustres. Mais nous à François Nuti, comme tant d’autres, nous avons aimé et ne passerons pas sous silence ses adieux à une vie longtemps vécue sans les mots et les mouvements qui nous l’avaient fait aimer et étaient les outils de son art. Car quiconque a été enfant, ado ou adulte dans les années 70, 80 et une partie des années 90 ne peut manquer d’associer sa mémoire à un âge d’or de notre comédie, celui-là même qui nous a donné Massimo Troisi, Charles Verdonle déchaîné Roberto Benigni des débuts et bien d’autres talents, qui sont passés des théâtres locaux à la télévision et de là au cinéma, remplissant les salles. Francesco Nuti était un champion de cet art, victime en partie de lui-même et de sa propre fragilité humaine et en partie encore plus d’un malheur aveugle, comme la chance.
Francesco Nuti et sa précieuse contribution au cinéma et au divertissement italiens
Qui écrit ces quelques lignes consciencieuses, par exemple, après les avoir découvertes comme beaucoup à la télé grâce à l’émission cabaret d’époque Ne vous arrêtez pasa eu la chance de voir en direct deux fois le groupe dans lequel Francesco Nuti a joué, Les Giancatividont le second peu avant leur dissolution, lorsque Alexandre Bienvenue il a annoncé aux personnes présentes qu’il avait l’intention de faire d’autres choses, peut-être même plus graves (comme il l’a fait plus tard). Quiconque les a vus en live pourra témoigner du pouvoir disruptif de leur verve comique : il y a encore quelques-unes de leurs meilleures chansons sur youtube. Auteurs et interprètes de sketches mémorables, les trois comédiens, avec l’apport fondamental de Athéna Cenciils se sont séparés après un premier film ensemble, le divertissant quoique fragmenté À l’ouest de Donald Duck. Des trois, le Florentin/Prato Nuti, avec ses boucles blondes et sa fossette au menton, était le comédien le plus surréaliste, interprète de personnages entre le tendre et le rêveur, la victime idéale du destin. D’abord comparé à un Benigni moins calomnieux et plus gentil, il a rapidement trouvé sa propre voie dans le cinéma. Réalisé par le critique devenu réalisateur Maurice Ponzi en 1982 le Madonna quel silence c’est ce soir, était l’interprète fantastique d’une délicieuse comédie qui lui avait été cousue, dans laquelle le protagoniste, qui portait le même nom, parcourait les rues de Prato, fuyant une mère surprotectrice et cherchant du travail. Plein de gags physiques (l’assaut des bobines dans le tissage est digne d’une anthologie, à la Chaplin) et verbaux, dans le film Francesco a rencontré un succès inattendu lors d’une prestation d’amateurs en péril avec la chanson inoubliable Chiot en forme de poire, et tente de reconquérir sa bien-aimée Maria, qui l’a quitté et à qui il n’a pas eu le courage de téléphoner. Un film à voir et à revoir, qui a parfaitement exploité tout son potentiel.
Mais Francesco Nuti visait plus haut en tant qu’interprète, dans des histoires plus classiques, et à peine un an plus tard, à nouveau réalisé par Ponzi et avec Giuliana De Sio co-vedette, il a joué Moi, Claire et le noircomédie romantique avec billard (au casting aussi son acteur fétiche, Novello Novelli). Le film a été centré au box-office et avec la critique, qui l’a récompensé par un David di Donatello et un ruban d’argent comme meilleur acteur principal et un Golden Globe comme acteur révélation. Toujours réalisé par Ponzi joue alors Je suis heureuxavant de passer à la réalisation avec une sorte de suite à Moi, Claire et les Ténèbres, Casablanca, Casablanca, pour lequel il a été nominé pour le David du meilleur nouveau réalisateur et l’a de nouveau remporté pour le meilleur acteur. Comme beaucoup de comédiens au caractère mélancolique et dépressif, François Nuti il ne peut pas gérer le succès, ou plutôt la perte de popularité qui en résulte, et commence à boire. Ses films ont enchanté le public jusqu’aux années 90, puis le déclin, également dû à l’échec de son œuvre la plus ambitieuse, OeilPinocchio. Son dernier film en tant que réalisateur, Caruso, Zéro en conduite, confirme qu’il a perdu cette touche magique qui le faisait aimer des téléspectateurs ou peut-être, tout simplement, que d’autres stars se sont levées et que la sienne s’est couchée. La suite, malheureusement, est connue jusqu’à une chute chez lui en 2006 qui le prive de la capacité de parler et de marcher. Pour l’aider avec amour, jusqu’au bout, sa fille Genèvele frère Jean Nuti et les amis et admirateurs qui ne l’ont jamais laissé seul. En 2021 un documentaire au titre éloquent lui est consacré : Nous t’aimons Francesco Nuti. Aujourd’hui cet acteur et malheureux a terminé son douloureux voyage sur terre, mais nous nous souviendrons toujours de lui et nous rirons avec lui.