Compte à rebours, le bilan : une bombe, un braquage, Londres, Afghanistan

David Mackenzie réalise et Ben Hopkins écrit le scénario d'un film de braquage déguisé en thriller planifié et exécuté avec une précision amusée. La critique de Fuze – Countdown de Federico Gironi.

Un drone survole les immeubles et les toits de Londres et nous emmène au-dessus d'un chantier de construction dans le quartier de Paddington. Là, ils travaillent avec un bulldozer et, à un moment donné, la pelle a failli heurter un gros objet métallique sorti de l'excavation. Il s'arrête juste à temps, car l'objet est une bombe datant de la Seconde Guerre mondiale. Arrêtez les travaux et démarrez les opérations : l'équipe anti-bombes de l'armée dirigée par le major Tranter (Aaron Taylor-Johnson) arrive sur place, la police coordonnée par le surintendant en chef Greenfield (Gugu Mbatha-Raw) évacue la zone et établit un cordon de sécurité.
Ça marche, le début de Fuze – Countdown, tendu et précis, mais juste au moment où l'on pense que cela pourrait être une histoire comme The Hurt Locker, seulement à Londres, l'histoire liée au désamorçage de la bombe s'accompagne d'une autre. Dans l’un des bâtiments de la zone évacuée, quelqu’un se trouve encore à l’intérieur. Plus qu'un quelqu'un, des quelqu'un (parmi eux, le « G » de Theo James et le « X » de Sam Worthington) : qui se sont mis en mouvement en silence, et on comprend immédiatement ce qu'ils tentent de faire : braquer une banque sous couvert d'isolement.

Or, pour être honnête, ce n'est pas que David Mackenzie (réalisateur) et Ben Hopkins (scénariste) aient voulu trop cacher l'histoire du braquage derrière celle de la bombe : au contraire, les indices sont tous là à l'écran depuis le début. Et il n'est pas nécessaire d'être un fin stratège pour comprendre aussi, à un moment donné, que les braqueurs n'ont pas eu un hasard, avec l'histoire du quartier évacué, mais qu'au contraire tout avait été pensé ainsi depuis le début.
Est-ce à dire que Fuze est un film banal, téléphoné et sans surprise ? Pas du tout du tout. Ou plutôt : pas exactement.
Parce que faire certains 2+2 au début du film n'affecte pas l'expérience visuelle, ne compromet pas le plaisir, ne fait pas baisser la tension. Parce qu'une bombe risque d'exploser, un braquage doit être réalisé dans un certain laps de temps, et donc : tic, tac, tic, tac, tic, tac (comme le fait d'ailleurs le plus classique des déclencheurs mécaniques de l'appareil). Et puis aussi parce qu’il y a toute une suite, qui est tout aussi tendue et avec des niveaux parallèles et entrelacés que ce qu’il y avait dans le premier.

Film de braquage déguisé en thriller militaire, Fuze est un film avec un plan : un plan soigneusement planifié et méticuleusement exécuté. « S'en tenir au plan »respectez le plan, disent les voleurs lorsqu'ils commencent à disparaître et que des événements inattendus commencent à apparaître. Parce qu’un bon plan est un plan qui prend en compte les événements inattendus, qui les anticipe, qui prend en considération toutes les variables possibles ; dans le cas du plan orchestré d'un film, et pour un film de ce genre, prendre en compte les variables et les imprévus, c'est savoir évaluer ses spectateurs, leurs attentes, leur capacité à anticiper les événements, les moments où ils peuvent sentir leur attention faiblir. Mackenzie et Hopkins l'ont fait, et ils l'ont bien fait, et on reste accro à leur film même quand on anticipe quelque chose, parce que le mécanisme de tension est impeccable, et parce qu'ils sortent toujours une petite surprise dans leur manche pour attirer votre attention.

Peu de mots, beaucoup de mouvement, grande utilisation du silence ainsi que de la musique (de Mozart aux Clash), des acteurs dans les rôles (avec Taylor-Johnson beaucoup moins blasé et suffisant que d'habitude), bon usage des figures secondaires (dont certaines deviendront primaires), économie du geste et du temps cinématographique qui deviennent essentiels et (donc) engageants, sans fioritures inutiles. L’ironie et les commentaires sociopolitiques ne manquent pas non plus sur le présent. On le voit presque, David MacKenzie, un cigare à la bouche alors qu'il termine le montage de son film et sourit narquoisement en murmurant comme Hannibal Smith de la A-Team : « J'adore les bons plans ».