Critique de Disco Boy

Le réalisateur italien fait ses débuts au long métrage avec une œuvre ambitieuse qui démontre son talent visuel, mais qui apparaît trop dérivée des nombreux modèles (et souvent opposés) qui ont évidemment inspiré son goût et son sens du cinéma. Revue par Federico Gironi.

Raconter l’histoire d’un Biélorusse qui entre illégalement en France via la Pologne et qui s’y enrôle dans la Légion étrangère pour ensuite obtenir la nationalité est ici une manière de décrire l’immigration.
Et raconter à la place des rebelles nigérians qui s’opposent aux industries pétrolières (françaises) qui dévastent le delta du Niger, c’est, ici, une manière de raconter le colonialisme.
Le ici en question est en Disco Garçonun film qui entremêle ces deux histoires pour raconter ce qui sont, à l’évidence, les deux faces d’une même médaille, les visages des personnages incarnés par François Rogowski et de la recrue Morr Ndiayeet par l’artiste Laëtitia Ky.
Car le légionnaire se retrouvera au Nigeria, où il affrontera directement le jeune chef de la rébellion, puis, de retour à Paris, avec son fantôme, et avec celui de sa sœur.

Celui de James Abbruzzeseà ses débuts dans le long métrage de fiction, est un film prévu de longue date, fortement pensé, et cette réflexion intense et réitérée s’est traduite en quelque chose de très conceptueloù dominent images, suggestions, ellipses et renvois, construisant une histoire à la fois linéaire et abstraite.
Linéaire parce que la rencontre et l’affrontement du légionnaire avec une réalité si différente, mais aussi si égale, le conduiront à rejeter ce qu’il pensait initialement vouloir. Résumé pourquoi Disco Garçon c’est un film qui il travaille de manière quasi obsessionnelle sur une réalité cinématographique faite de rêves, d’hallucinations, d’hyperréalisme et d’expérimentation visuelle.

Il n’y a pas que la guerre, ou la jungle, ou surtout les rivières, qui créent des recoupements idéaux avec les univers conradiens réinterprétés par Coppola. Et dans son travail sur le son, sur la musique (ici la bande son est de vitalique) et sur l’image, Abbruzzese semble presque vouloir regarder un Refn comme éventuellement purifié du goût du néon exagéré et de celui de la pop.
Populaire Abruzzes ce n’est certainement pas le cas, car son idéologie cinématographique de départ est certainement très auctoriale et radicale. Et le départ de Disco Garçonpresque naturaliste avant une première rencontre fatale avec l’eau d’une rivière, est résolument liée au naturalisme festivalier de notre temps.

Alors qu’est-ce qui ne marche pas, qui ne rentre pas, dans cette tentative ambitieuse, peut-être trop, de marier, voire de fusionner, deux visions cinématographiques presque opposéestout comme les contraires semblent les mondes racontés par Disco Boy ?
Le talent visuel du réalisateur, techniquement parlant, est là. Ce qui manque, c’est l’efficacité à long terme, la capacité de briser le miroir de surface et d’aller en profondeur ; et s’il en manque c’est que tout, dans Disco Garçonsemble toujours autre chose : une référence, une citation, une déclinaison non métabolisée d’images préexistantes. Y compris les visions « thermiques » à Prédateurou une intrigue qui, dans l’ensemble et dans certains détails, suit de près celle de Beau Travail De Claire Denis.