Critique de Krypton

Le réalisateur de Black Souls et Futura a passé 100 jours dans deux communautés thérapeutiques de la banlieue de Rome qui s’occupent de jeunes souffrant de troubles psychiatriques. Le résultat est un documentaire magnifique et émouvant. La critique de Krypton par Federico Gironi.

Depuis que j’ai su, j’allais voir le nouveau documentaire de Francesco Munziqui est appelée Krypton et raconte les cent jours passés par le directeur au contact des jeunes patients psychiatriques de deux communautés thérapeutiques romaines, je me suis mis à chanter mentalement, plusieurs fois dans la journée, pendant plusieurs jours « Les fous » De Francesco De Gregori. Je suis banal, je sais, et dépassé, puisque je sais que le mot utilisé dans le titre et dans les paroles n’est plus utilisé parce qu’il est incorrect : mais je continue de penser que cette chanson est belle et très profonde, et en mouvement.
J’étais heureux de trouver ça aussi Krypton Et très beau, profond et émouvant. Capable de parler de personnages et de problèmes avec une grâce et une mesure, avec une attention et une compassion humaine qui ne sont pas du tout courantes.

Les fous n’ont plus rien, plus de ville autour d’eux,
même s’ils crient, celui qui les entend, même s’ils crient, que fait-il.

Cela avait commencé il y a quelques minutes, Krypton, lorsqu’un ami assis à côté de moi, souriant mais aussi sérieux, me murmure à l’oreille : « Toi aussi, tu es parfaitement d’accord avec ce qu’ils disent ? Il faisait évidemment référence aux premiers personnages que Munzi écoutait et filmait. À leur raisonnement.
Ma réponse a été, bien sûr, oui.
Ce n’était ni une blague, ni un véritable paradoxe.
En fait, il me semble que l’idée derrière Kripton (une parmi tant d’autres) est précisément celle-ci : montrer et dire à quelle fréquence entre les gens dits « normaux » et les « fous », saisir les différences est ou peut être une question de contexte et de perspective, avant le diagnostic.
Bien sûr, je ne parle pas de prétendre venir de la planète Krypton comme Marc Aurèle, l’un des protagonistes de ce film qui tire son titre de là, mais de l’expression d’un malaise et d’une intolérance et d’un mépris des absurdités et des hypocrisies du monde, voire de certaines de ses règles, que nous sommes obligés et avons la force d’avaler chaque jour, et qui chez des personnes plus fragiles ou sensibles (par exemple le jeune Dimitri) peuvent se transformer en crises et en pathologies.

Les fous n’ont pas de cœur ou s’ils en ont, c’est du gâchis,
c’est une grotte entièrement noire.

La pathologie psychiatrique, semble alors dire Munzi, quel que soit le degré auquel elle se manifeste, est alors en quelque sorte aussi un refuge. Une grotte noire, une obscurité « bienveillante », comme celle à l’intérieur de laquelle Giorgiana dit se sentir protégée, qui est un abri contre la souffrance avec laquelle elle est entrée en contact et qu’elle a pu traiter ou exorciser d’une autre manière.
La douleur qui se lit au fond des yeux des garçons et des filles avec lesquels Munzi a trouvé une clé de dialogue, une base de respect, une géométrie de la présence, une sémantique commune faite à la fois de mots et de silences est frappante et en mouvement.
Une douleur qui trouve trop souvent son origine au sein de la cellule familiale, malheureusement (de) de plus en plus souvent un lieu dédié à l’étincelle qui enflamme le problème mental.
Central, à Kripton, ce sont en effet, et aussi, ces moments où les garçons et les filles se retrouvent avec leurs familles.
Des pères, des mères, des frères et sœurs qui, d’une certaine manière, au cours des rencontres, deviennent aussi des patients : sujets d’une forme de thérapie circulaire qui, en passant par des psychiatres auxquels il faut ériger un monument, pour le travail qu’ils accomplissent, implique également le spectateur.

Les fous sont contents, ils arrêtent la circulation avec la main,
puis ils traversent le matin, à l’aide d’une gourde de vin.

Le point qui revient le plus souvent dans Krypton est celui de trouver un terrain d’entente.
Une sorte de plus petit commun multiple de la réalité qui permet de nous nous retrouvons tous, à juste titre, confrontés à des problématiques communes, qui concernent des problèmes existentiels, avant même les problèmes sociaux ou familiaux.
L’adoption d’une perspective qui permet à ceux qui souffrent d’une pathologie de pouvoir réduire et contrôler leur problème, et à ceux qui sont proches d’eux, ou les observent, de reconnaître des difficultés qui, malheureusement, semblent aujourd’hui tout sauf extraordinaires.
De ce point de vue, les chiffres qui figurent à la fin de Kryptonet que j’ai lu avec les yeux voilés de larmes, les chiffres relatifs à la propagation toujours croissante des problèmes psychiatriques (surtout chez les jeunes générations), à l’usage de médicaments psychotropes et aux budgets des structures publiques qui offrent un soutien aux personnes dans le besoin, ils sont assez impressionnants, mais aussi exemplaires.