Autre biopic en compétition à la Mostra de Venise, Priscilla, dans lequel Sofia Coppola évoque le mariage entre Elvis et Priscilla Presley. Avec Cailee Spaeny et Jacob Elordi. La critique de Mauro Donzelli.
Le cinéma est cyclique, surtout outre-Atlantique, influencé peut-être par des anniversaires ou des évolutions sociales partagées. On constate alors une nouvelle explosion de biopics, notamment avec Elvis Presley au premier plan. C’est difficile de ne pas penser au film Luhrmannsi explosif et dégoulinant de musique du chanteur légendaire, regardant Priscille, qui n’avait pas accès à l’immense bibliothèque. Bref, il se perd dans l’explosivité, poursuivant l’intimité du récit d’un point de vue différent, celui de la protagoniste elle-même, qui a écrit ses mémoires il y a près de quarante ans. Pour une raison quelconque, seulement aujourd’hui Sofia Coppola elle dit avoir été frappée par le livre, et en a fait une adaptation clairement divisée en deux parties principales : la première, celle de la cour et de l’amour plus ou moins secret et instable et celle de la réclusion à Graceland.
Elvis, déjà superstar du rock, et Priscilla, une adolescente, se rencontrent lors d’une soirée. C’est le moment le plus engageant de l’histoire, avec l’intimité qui révèle une relation insolite et particulière, certainement très éloignée de la projection publique du chanteur. Un sentiment sincère qui explose lorsque la très jeune fille tombe sous son charme, portée par une famille très impliquée, et qu’Elvis trouve en elle une épaule amicale, capable d’atténuer la profonde solitude de la star. La cour est longue, problématique et racontée avec un certain panache par Coppola, partant d’une base militaire allemande pour laisser ensuite place à la normalisation de la relation, qui devient officielle et publique, et s’enferme dans les somptueuses chambres de Graceland..
Un passage non sans conséquences, qui le film n’en sort pas indemne, à bout de souffle, étouffant l’histoire, au risque d’une confusion dans l’alternance des points de vue entre les deux qui fait perdre à l’histoire son originalité et sa force. De cette manière, un portrait plus que conventionnel d’Elvis ne se dessine pas, incapable même de devenir pleinement un antagoniste pour Priscilla, à son tour ramenée sur le terrain traditionnel et peu excitant d’une épouse qui souffre de l’éloignement de son bien-aimé. Le biopic semble de plus en plus sollicité par la prolifération d’images et de bulletins biographiques de toutes sortes, des réseaux sociaux aux chaînes thématiques, souffrant d’une lassitude au cinéma également confirmée par Priscilla. Certainement pas parmi les meilleurs films de Coppola, il ne répond pas à la première demande du genre : rendre intéressants les personnages qu’il raconte.
Un portrait qui reste flou, comme des choix formels qui semblent atténuer les contrastes pour élargir le sentiment d’éloignement, un confinement qui éloigne de plus en plus la réalité extérieure du quotidien de Priscilla et de sa fille. Reste l’image d’une femme qui revendique la liberté, même vis-à-vis de son « geôlier » très singulier. A défaut des chansons originales, Coppola recourt à la famille Phoenix et à un choix qui va dans le sens de l’anachronisme tenté dans Marie-Antoinette, culminant avec une version chantée par Dolly Partonen fait la version originale, de Je vous aimerai toujoursrendu immortel par une autre femme emprisonnée, mais par dépression par le talent, comme Whitney Houston