Le cinéma, le regard, la mémoire. Tout ce qu’Enrico Ghezzi est, a fait, était, sera, est à l’intérieur de ce film, cette chose vidéo d’une densité incroyable, d’une intelligence libre, et d’une humanité en mouvement. La critique des Derniers jours de l’humanité de Federico Gironi.
Comment expliquez-vous enrico ghezzi, comment le racontez-vous ? Comment le faire, dirait-il peut-être à ce stade, un s’expliquerpour se dire enrico ghezzi? Ce ghezzi qui de ses intuitions, de ses combinaisons, de ses réflexions, toutes téméraires et miraculeusement décalées, et donc parfaitement ciblées, a illuminé la formation et le parcours de légions de cinéphiles qui se nourrissaient avidement de lui, de ses ruminations, de ses écrits, et surtout dans sa télévision, incarnation cronenbergienne, dans son être gouttes, En dehors des heures d’ouvertureet tout le reste.
enrico ghezzi, pour les quelques distraits qui ne le savaient pas, souffre depuis des années d’une maladie qui l’éloigne de la télévision, mais qui n’affecte en rien sa capacité à raisonner, à imaginer et à penser le cinéma, les images, la vie .
Le cinéma, les images et la vie qui sont à l’intérieur d’un film, Les derniers jours de l’humanitéqu’Enrico Ghezzi a créé avec Alessandro Gagliardo, et avec la collaboration de sa fille, Aura.
Et en effet: en effet à l’intérieur Les derniers jours de l’humanité (titre apocalyptique et pas du tout aléatoire, emprunté à la série par Luca Ronconi basé sur le texte de Karl Kraus et mise en scène au Lingotto, et sur Rai TV, dont un long et fondamental monologue est inséré dans la vidéo cinématographique de ghezzi) il y a justement, aussi, la vie d’enrico ghezzi, et sa famille, Aura et tous les autres.
Alors, bien sûr, bien sûr, à l’intérieur Les derniers jours de l’humanité il y a des fragments de film (la précipitation onirique de 8 et demi Et King Kong, Couloir de choc Et Notre-Dame des Turcs, Peleshjan Et Anthony Mann, klaatu barada nikto et les soldats morts de Kurosawa, les yeux aux rayons X de Ray Milland Hé Lumièrel’ensemble des Les rêveurs Et La stratégie de l’araignéeet évidemment L’Atlas de Vigo, et qui sait quoi d’autre ; Il y a Straub et Huillet à l’Université de Turin; les mots de François Kafka et ceux de Edgar Allen Poe qu’ils jettent dans le Maelström ; il y a des volcans en éruption, des navires dans des tempêtes, des astronautes dans l’espace. Il y a le cinéma qui, pour citer par exemple, est « le fantôme extrême du désir et, en même temps, une sorte de confirmation de combien le désir est un fantôme, le désir de voir, de dépasser la limite du cadre, d’être celui qui voit ou d’être la chose vu, qui appartient comme désir et non comme satisfaction ».
Il y a, encore une fois en citant par exemple, l’édition comme « machine de capture de surplus ».
Il y a, dès le titre, et de plus en plus clair, explicite, caché voire, toujours perturbant, le sentiment vertigineux de l’apocalypse, d’une catastrophe entendue au sens littéral, peut-être, mais aussi, surtout, au sens étymologique et mathématique: la catastrophe comme bouleversement, renversement, comme rupture d’équilibre structurel et changement d’une forme préexistante.
Entre, au-dessus, autour et dans tout cela, se trouvent les images les plus familières, et pour nous les moins familières, de laarchives privées d’enrico ghezziet pas tant ceux de son bureau à Rai remplis de papiers, de livres et de cassettes vidéo, mais ceux de sa maison, sa famille, ses filles (Aura et Martina) et son fils (Adelchi), sa femme Nennella Bonaiuto, amis, parents, vacances et premiers jours d’école, réveils, dîners, petits déjeuners, bibliothèques, tables, canapés , écrans. De lui-même, de tout ce qu’est Enrico Ghezzi et de tout ce dont Enrico Ghezzi, pour le citer encore, est mémoire.
Et ce n’est pas en soi la dimension intime, ludique, insistante de la relation entre Ghezzi et ses filles et son fils qui est délicate et en mouvementou peut-être oui, mais c’est aussi, et plus, parce qu’à l’intérieur Les derniers jours de l’humanité il y a enrico ghezzi dans toute son intelligence, sa vision, son génie, ses recherches, son travail et son œuvre, mais il y a aussi enrico ghezzi dans toute son humanité, justement, dans toute sa condition, dans tout son (vouloir) être regard, mémoire, image, rêve, fantôme, désir.
« Les spectateurs sont pétrifiés au passage du train », raconte Aura Ghezzi citant les journaux de Frank Kafka. Puis, au bout d’un moment : « Enchanté par ce spectacle, il s’est réveillé.
Voici. Comme.