Un an avec les talibans en Afghanistan. Hollywoodgate est un documentaire unique en son genre qui suit de près le quotidien d’une milice qui tente de s’imposer comme un État. Critique de Mauro Donzelli sur le film présenté hors compétition à Venezia 80.
Une année à Kaboul et ses environs, dans un Afghanistan revenu aux mains des talibans. Un documentaire unique, dans lequel le réalisateur égyptien Ibrahim Nash’at il a eu l’occasion de suivre certains des dirigeants politiques et militaires du régime, sans évidemment pouvoir circuler librement dans le pays, mais à condition de ne filmer que ce qui était autorisé. Embedded est le terme militaire généralement utilisé pour désigner ceux qui suivent un front de guerre avec toutes les formalités officielles, souvent américaines, ou tout au plus occidentales.
Mais ici, une longue séquence nous emmène dans les hangars les plus protégés de l’aéroport de la capitale, pour découvrir ce que les Américains en fuite ont laissé derrière eux. Pas peu, étant donné que Les armes restantes des talibans étaient évaluées à elles seules à 7 milliards de dollars.. Hollywoodgatetitre qui fait référence aux gisements de cette bonté, ainsi appelés plus ou moins ironiquement par les Américains, c’est au fond un regard totalement partiel, mais parfois inquiétant, sur la façon dont le chef de l’armée de l’air, et certains de ses acolytes, ont voulu se montrer et se montrer.
Non plus des hommes barbus incultes à la violence brutale, mais une nouvelle génération capable de former des pilotes de chasse, de redorer son image, même avec des visites bien étudiées sur les réseaux sociaux. Le tout clairement en apparence, pour une stratégie et sans un minimum de crédibilité. On les voit sourire et plaisanter, ne dédaignant pas quelque privilège terrestre qui confine au luxe, pour ensuite confirmer dans une séquence aussi familière que glaçante, leur « idée » de la femme, des vêtements qu’il devrait porter et du travail qu’il devrait ou ne devrait pas faire. Un rôle dans la société qui n’a même pas avancé d’un millimètre par rapport à l’ancienne génération d’étudiants islamiques.
Ce sont précisément ces moments, qui émergent d’une routine quotidienne d’inspections et de construction d’un État en cours, qui sont les plus marquants et font du Hollywoodgate un document à ne pas manquer.. Comme lorsqu’un panneau « toilettes unisexes » laissé par les Américains apparaît de manière inattendue et qu’un groupe de talibans ne le remarque même pas en passant. Ou lorsque des centaines de boîtes de médicaments, un an après le premier contrôle, ont été laissées périmer sans les avoir contrôlées, au grand dam du ministre, qui a interrompu le tournage.
De la milice au régime, tentative de rendre efficace une bande peu homogène, composée de petits groupes chacun fidèle à son propre seigneur plénipotentiaire. Le tout observé dans une bulle protégée, dans laquelle l’œil analytique de la caméra tente de ne rien manquer, surtout ce qui se passe en périphérie du cadre, en marge de ce qui est permis par les talibans. Là où de temps en temps la claustrophobie est brisée par la (im)préparation négligente des hommes barbus. Pas moins de témoins dangereux et inquiétants de notre époque et d’un pays maudit par l’histoire comme l’Afghanistan.