L'un des acteurs les plus acclamés de l'histoire récente revient sur le plateau après une interruption de huit ans pour le film ambitieux réalisé par son fils. La critique d'Anémone de Federico Gironi.
Le fait qu'un film puisse être ambitieux se comprend parfois aussi à partir du titre. L'anémone en est certainement un exemple. D'un autre côté, soyons clairs et disons tout : ce n'est pas que si vous êtes Ronan Day-Lewis, le fils d'un acteur vénéré presque comme une divinité, et d'une dame qui est non seulement, à son tour, la fille de l'un des plus grands dramaturges du XXe siècle, quelqu'un qui a été marié à Marilyn, mais aussi une réalisatrice estimée, vous pouvez éviter d'être ambitieux. Aussi parce que, en ces temps-là, tout le monde est là, le fusil sorti, prêt à vous lancer l'étiquette de nepo-baby, alors autant viser haut. Autant, par exemple, impliquer papa dans le scénario et lui demander également de mettre fin à son absence des plateaux au bout de huit ans (ce que lui, le père, n'avait pas prévu comme une retraite, dit-il maintenant) et de devenir le protagoniste de votre film.
Soyez prudent cependant. Car Anémone, avant même son écriture, dans l'histoire qu'il raconte (ce qui est vrai aussi), est un film qui se perçoit d'emblée comme ambitieux du point de vue de l'image. D'un autre côté, Ronan Day-Lewis est un peintre, quelqu'un qui sait quoi et comment mettre des formes et des couleurs dans un cadre, ou un plan, pour susciter des émotions et des pensées, et il applique efficacement cette capacité au cinéma, et à ce, son premier film.
Un film qui sait se montrer suggestif sans jamais glisser (trop) dans le maniérisme comme fin en soi ; au contraire, à la limite, c'est lorsqu'une certaine veine surréaliste explose à la fin – avec l'apparition d'une sorte de créature magique qui vient directement des peintures du nouveau réalisateur, et avec le passage bizarre d'un poisson gigantesque et effrayant flottant mort sur une rivière – le doute demeure quant à la capacité de ces éclairs fantômes à avoir un lien réel et constructif avec tout le reste. Un repos qui, d'ailleurs, repose déjà entièrement sur l'équilibre et le contraste (intéressant) entre la réalité nue et les psychologies rudes et agitées qu'elle raconte et l'élégance tendant parfois vers le grandiose des images.
Sous la forme, une substance est donc agitée. Une substance faite de douleur, de solitude, de violence perpétrée, de repentir, d'incapacité à s'absoudre. La substance qui s'incarne dans le personnage de Ray Stoker (que l'on utilise le nom de famille de l'auteur de Dracula me semble à la fois accessoire et significatif à divers points de vue), un homme qui depuis vingt ans a tourné le dos à tout et à tout le monde pour aller vivre seul dans une masure immergée dans les bois d'Irlande du Nord. La raison reste à découvrir, il est inutile et nuisible de continuer à le raconter, mais la violence et l'incapacité de s'absoudre y sont pour quelque chose. Ray est né et a grandi dans un monde imprégné de violence. Il a pratiqué la violence après l'avoir apprise ; et, comme il en était infecté, il l'a transmis à son tour comme un virus, ou plus encore comme une tare génétique, à un fils qu'il n'a jamais vu et que son frère a élevé comme le sien. Le frère qui lui rend visite après vingt ans pour enfin combler le trou noir laissé dans la vie du garçon et le sauver de son propre destin.
Ray, nous le savons, est Daniel Day-Lewis. Dont il serait même inutile et redondant de souligner l'interprétation, l'intensité, la capacité à faire de Ray un nœud dans lequel douleur et colère s'entrelacent et s'enkystent. Un Daniel Day-Lewis pour qui Sean Bean ne peut rien faire d'autre, non par incapacité, mais par nécessité (de son personnage et de l'histoire du film, tout d'abord) que d'être un acolyte et un sparring-partner, même de luxe.
Ray est donc le pilier autour duquel toute Anémone est construite et sur lequel repose toute Anémone. Mais si le pilier est solide, qu'est-ce qui s'y accroche un peu moins. Aussi parce qu'à mesure que les nombreux voiles de mystère entourant les choix de Ray et ceux de sa famille se dissipent, à mesure qu'arrivent les réponses aux différents pourquoi qui stimulent le film, toute la trame du film semble se dégonfler un peu. Et au final on se demande presque : mais est-ce que tout ce désordre, toute cette rouille, toute cette souffrance, sont vraiment pour ces raisons là ?