Librement inspiré du roman du même nom d'Orazio Labbate, Lo Scuru, le premier prometteur du réalisateur G. William Lombardo, arrive au cinéma pour seulement trois jours. La critique de Daniela Catelli.
Raz a subi un traumatisme durant son enfance suite à la mort par noyade de son père, pêcheur. Hanté par des cauchemars dans lesquels il porte un masque qu'il tente de lui arracher le visage et élevé dans une famille d'accueil dans une autre ville, il a été déclaré schizophrène, mais les traitements et les pilules ne rétablissent pas sa santé mentale. Jusqu'au jour où, après la mort de sa grand-mère qui s'occupait de sa mère malade mentale, Raz décide de retourner à Butera, dans la maison de son enfance pour prendre soin de sa mère et commence à fouiller dans le passé pour comprendre s'il est vraiment malade ou si quelqu'un lui a fait quelque chose. Il est aidé dans sa recherche par Nitto, une sorte de père adoptif, et Rosa, une jeune Nigériane qui « libère » les esclaves sexuels et les travailleurs des malédictions et de la douleur grâce à ses arts magiques. Mais ce que Raz découvrira sera très différent de ce qu'il pensait savoir.
Rarement dans le cinéma italien on voit des films en noir et blanc, réalisés par des débutants, dans lesquels le choix chromatique n'est pas esthétiquement une fin en soi, une pure démonstration de virtuosité, mais a un sens diégétique très précis inhérent à l'histoire qu'on décide de raconter. Après tout, lorsqu’il s’agit d’un sujet qui compare des éléments opposés et complémentaires, la lumière et l’ombre, le rationnel et l’irrationnel, le noir et blanc est l’outil parfait pour donner corps et réalisme à l’histoire et en même temps mettre en valeur ses composantes surnaturelles. G. William Lombardo, sicilien, part du roman du même nom d'Orazio Labbate pour nous donner avec Lo Scuru une vision des ténèbres enracinées dans une Sicile où se chevauchent rites archaïques, superstitions et dévotion religieuse, où des réalités même géographiquement éloignées les unes des autres pratiquent de sombres rituels. La définition du «gothique sicilien», attribuée d'abord au roman puis au film, vient presque spontanément des atmosphères sombres dans lesquelles se déroule l'histoire, à mi-chemin entre celles de certains films de Pupi Avati, où l'on devine la figure imminente du diable et les mondes limitrophes et surnaturels de David Lynch, dans lesquels la réalité est le portail vers un monde à l'envers qui envahit l'espace mental rassurant que nous connaissons.
Scuru a le mérite de viser haut et de savoir créer une vision évocatrice et personnelle, qui s'inspire d'un côté du monde photographié par Ferdinando Scianna (la bonne réalisatrice Sara Purgatorio) et rappelle inévitablement certaines images des films de Ciprì et Maresco, sans se laisser submerger par des comparaisons et des inspirations mais en conservant sa propre originalité. Les maàare, les sorcières locales, les malédictions, les marques, le mauvais œil, les symboles, les exorcismes, la magie utilisée pour se venger, les histoires que Lombardo a vécues et entendues étant enfant donnent une véritable substance à un film dont le paysage, parsemé de forets et baigné par une mer agitée qui cache des crimes et des ravins pour échapper au monde, devient un personnage à l'image des interprètes. Au contraire, le film perd un peu d'intensité précisément dans la révélation de quelque chose que le spectateur a peut-être déjà facilement deviné et la fin s'est un peu perdue en cours de route. Mais malgré quelques effilochages dans le rythme de l'histoire, Lo Scuru reste une œuvre à apprécier, pour la belle mise en scène, les excellentes performances de tous les acteurs (du naturel de Fabrizio Falco à la mère obsédée de Simona Malato, du Nitto du toujours parfait Fabrizio Ferracane au prêtre en crise de Vincenzo Pirrotta) et est agrémentée par la bande sonore de Santi Pulvirenti, qui touche les bonnes cordes pour plaire au spectateur. nerfs. On ne le définirait pas tant comme un film d’horreur, mais plutôt comme un travail existentiel sur les limbes sombres de l’âme humaine.