Diabolik Qui es-tu ? Revoir

Troisième et dernier chapitre de la trilogie qui a porté au cinéma, après Mario Bava, le personnage créé par les sœurs Giussani. Un film qui, d’un point de vue formel et narratif, complète ce qui semble être un clair processus évolutif souhaité par les Manetti. La revue Diabolik Qui es-tu ? de Federico Gironi.

Qu’on le veuille ou non – comment les deux titres qui l’ont précédé ont été appréciés ou non – deux choses doivent être reconnues par le Manetti frères. et à ceci Diabolik Qui es-tu ?. Comme plus que ce qui avait déjà été remarqué en parlant du deuxième film de la trilogie consacrée au personnage de Giussani.
Il faut le reconnaîtrela cohérence avec laquelle une esthétique et une philologie ont été mises en avant, et le désir, à l’intérieur de ces frontières établies, de faire évoluer un style visuel et narratif, ainsi que les personnages qui évoluent dans les plans.
C’est comme si les Manetti avaient emmené au cinéma leur idée de Diabolik, cette idée qui avait donné naissance à un premier film glacial, très maîtrisé, très stylisé, et qu’on la laissait peu à peu dégeler. L’objet cinématographique reste donc essentiellement le même, mais il n’est plus froid et rigide, et s’ouvre à la communication d’une passion et d’une couleur qui sont celles d’une pop étroitement contenue, et qui sont celles de Cinéma de genre italien des années 70mais pas seulement.

Oui, car si dans leur trilogie les Manetti sont partis d’une réflexion esthétique liée aux années 60, dans celle-ci Diabolik Qui es-tu ? ce sont les années plus chaudes et vaguement psychédéliques de la décennie suivante qui règnent en maître.
Et voilà, les Manetti ouvrent le film avec un prologue qui semble tout droit sorti du cinéma du premier Dario Argento et du thriller italienpuis dévie brusquement vers les territoires de policier (il y a aussi Barbara Bouchetlien direct avec le Calibre Milan 9 De Fernando Di Leo), avec l’entrée en scène d’une bande de braqueurs sans scrupules et violents qui semblent presque faire de l’ombre à Diabolik aux yeux de l’inspecteur Ginko, toujours renfrogné et très sérieux.

Les voitures, les meubles, l’architecture et surtout les visages (une mention obligatoire pour un savoureux caméo de Max Gazzè) sont choisis par les Manetti avec une attention obsessionnelle et un dévouement total aux besoins de la reconstruction d’époque.; l’intrigue fait croiser le chemin de Diabolik avec celui des voleurs et de Ginko, et cette intrigue atteint un point fatal (ou potentiellement fatal), dans lequel – les lecteurs du livre de Giussani qui porte le même titre que ce film ne seront pas surpris – Diabolik accordera au policier qui est son ennemi juré le privilège d’écouter son histoire d’origine.
Que le Manetti ils s’enveloppent d’une auréole dumasienne, des Dumas de « Comte de Monte-Cristo »et qui sont tournés dans un noir et blanc qui semble rendre hommage à celui de la série Ville du péché.
Encore une fois: cohérence et évolution.

Les philologues aussi par rapport aux planches de bandes dessinées, trop, je Manetti dans cette trilogie, ils l’ont toujours été, mais à partir de la traduction linéaire, décolorée et bidimensionnelle du premier film, ils sont passés ici à embrasser tout ce qui est possible pour une traduction respectueuse sur un support différent comme le cinéma.
Le rythme est toujours très détendu, encore plus qu’avant peut-être, mais tout est aussi plus chaleureux, plus vivant, plus caricatural au sens large et dynamique du terme.. La liberté et la passion que s’accordent les Manetti dans la mise en scène semblent également accordées à leurs protagonistes, et aux personnages en général.: des portraits sauvages et fébriles de la bande de braqueurs et de leur principal complice, à Ginko et Altea, et même Diabolik et Eva. Chacun, d’une manière ou d’une autre, dans ce film est prêt à prendre des risques inédits, à se dévoiler, à révéler ses origines ou ses sentiments. Même en collaborant, dans certains cas.
Ils en profitent, nous qui restons là et regardons en profitons.