Raconter saint François d'Assise au cinéma, c'est avoir affaire à un personnage déjà porté à l'écran par des réalisateurs comme Roberto Rossellini, Liliana Cavani et Franco Zeffirelli. Le rêve de François choisit cependant une voie différente : au lieu de retracer toute la vie du saint, Renaud Fely et Arnaud Louvet concentrent l'histoire sur le moment où le jeune ordre franciscain doit décider quelle forme prendre.
Au centre se trouvent Francesco, joué par Elio Germano, et son compagnon Elia da Cortona, qui a le visage de Jérémie Renier. C’est précisément dans cette confrontation entre idéalisme et compromis que le film insère l’une de ses scènes les plus dramatiques. Le problème est que cette scène n'a jamais eu lieu.
L'intrigue du rêve de Francesco
Nous sommes en 1209. François a rassemblé autour de lui un groupe d'hommes qui choisissent de vivre selon les idéaux de pauvreté et de fraternité prêchés par le futur saint, mais la communauté s'est désormais agrandie et doit obtenir la reconnaissance officielle de l'Église. La première version de la Règle fut rejetée par le pape Innocent III, obligeant François et ses compagnons à repenser le projet. C'est ici qu'apparaît le contraste avec Elia da Cortona, l'un de ses amis les plus fidèles : Francesco ne veut pas abandonner les principes originaux, tandis qu'Elia comprend qu'un compromis peut être nécessaire pour permettre à l'ordre de survivre.
Leur amitié devient ainsi le cœur du film. Francesco représente la fidélité absolue à une idée, tandis qu'Elia se retrouve confronté à la réalité politique et à l'avenir concret de la communauté. Et c’est précisément le conflit entre ces deux manières de regarder le monde qui met à l’épreuve leur relation. Le film ne cherche pas à construire un François parfaitement hagiographique. Le choix d'Elio Germano va dans le même sens : le saint est montré comme un homme traversé de doutes, de tensions et de contradictions, tandis que l'histoire laisse beaucoup de place à la relation avec Elie.
Aux côtés de Germano, on retrouve Alba Rohrwacher dans le rôle de Claire d'Assise. Au casting figurent également Olivier Gourmet, Eric Caravaca et Marcello Mazzarella.
La scène la plus dramatique du film est complètement inventée
À un moment donné, le conflit atteint un point extrême. Resté seul face à la responsabilité de changer la Règle, Elijah est submergé par la culpabilité et tente de se suicider. C'est l'une des scènes les plus dramatiques du film, mais il y a un détail surprenant : il n'existe aucune preuve historique documentant une tentative de suicide d'Elia da Cortona. La Commission nationale d'évaluation du film de la Conférence épiscopale italienne souligne explicitement cet épisode comme l'une des principales libertés historiques du film, le définissant comme un événement « complètement inventé ».
Cela ne veut pas dire que tout ce que nous voyons dans le film est inventé : le conflit autour de la Règle et le rôle d'Élie dans les relations avec la papauté appartiennent au noyau historique de l'histoire. C'est la manière dont le scénario rend visible le tourment d'Elie qui constitue une construction dramatique. Le choix a une fonction précise : transformer un conflit théorique et politique en une crise personnelle, montrant combien de compromis peut peser sur celui qui a le sentiment d'avoir trahi son ami et la cause à laquelle il a consacré sa vie.
Quelle part de vérité y a-t-il dans la relation entre Francesco et Elia ?
Le film s'inspire d'un passage vraiment délicat de l'histoire de l'ordre franciscain : la nécessité de trouver une forme de Règle qui puisse être approuvée par l'Église sans effacer complètement l'inspiration originelle de François. Ces derniers voulaient maintenir un modèle radical basé sur la pauvreté et le partage des biens. Elia, en revanche, représente une position plus pragmatique dans le film, conscient qu'un ordre destiné à croître aurait besoin d'une structure reconnaissable et d'une relation stable avec les institutions ecclésiastiques.
C’est là le véritable conflit du film : combien de temps un rêve peut-il survivre lorsqu’il doit se transformer en institution ? L'histoire de Francesco et Elia devient ainsi aussi une réflexion sur l'amitié. Le risque n’est pas seulement de perdre une bataille politique, mais aussi de perdre la relation entre deux personnes qui ont imaginé ensemble quelque chose de radicalement nouveau.
Un saint François raconté entre l'Ombrie et la France
Le Rêve de François est une coproduction franco-italo-belge et a été tourné entre la France et l'Ombrie, utilisant également des paysages liés à l'histoire du saint. Le processus a duré un peu plus d'un mois. Les réalisateurs sont issus du documentaire et de l'écriture, et ont décidé d'adopter une approche volontairement éloignée du biopic traditionnel. Plutôt que de reconstituer chaque étape de la vie de François, le film observe un moment précis : celui où son idée d'une communauté fondée sur la pauvreté doit se confronter à la nécessité de devenir un ordre reconnu.
Le film n’essaie pas d’établir à quel point François était saint et à quel point Elie était prêt à faire des compromis. Au lieu de cela, il utilise leur amitié pour raconter l’histoire du moment où un idéal absolu rencontre la réalité pour la première fois. Et la scène inventée de la tentative de suicide devient la représentation la plus extrême de ce conflit : non pas un fait documenté de la vie d'Elia, mais une invention cinématographique utilisée pour donner un visage au poids du compromis.