Aaron Pierre, Don Johnson et AnnaSophia Robb jouent dans ce thriller d'action tendu. La critique de Rebel Ridge par Federico Gironi.
Pour en parler Crête rebelle de nombreuses références peuvent être évoquées : de Rambo (le premier, celui de Ted Kotcheff) al Jack Reacher de Lee Childs et de ses filiales audiovisuelles, peut-être en passant par Jason Bourne et même, un peu, pour les deux Tyler Râteau avec Chris Hemsworth. Mais, outre la possibilité de souligner comment tous ces films ou séries portent le nom de leur protagoniste dans le titre, alors qu'ici le titre du film vient d'un lieu (détail apparemment secondaire, ou plutôt marginal, mais en réalité éclairant, comme nous le verrons ), la comparaison avec ces modèles n'est somme toute pas très utile.
Aussi parce que, parmi les nombreuses choses qu'il faut reconnaître, il y a Jérémie Saulnieril y a celui d'avoir clairement eu des références, mais d'avoir su éviter le sentiment que son film était stérilement dérivé.
Plus utile, beaucoup plus utile, c'est d'aller voir comment Crête rebelle fonctionne avant tout grâce à une coïncidence très vertueuse entre les manières, les actions et la psychologie de son protagoniste et les plans, le rythme, les tonalités et le montage souhaités par Saulnier pour le film.
L’intrigue, qui peut être théoriquement compliquée si l’on considère tous les problèmes juridiques qui surgissent au cours de l’histoire, est dans son essence très simple et linéaire. Marine Terry Richmond se dirige à vélo vers Shelby Springs, une ville fictive du sud des États-Unis, portant un sac à dos rempli d'argent avec lequel il doit sortir son cousin de prison sous caution et commencer une nouvelle vie avec lui. Il a « The Number of the Beast » d'Iron Maiden dans ses écouteurs, il n'entend pas qu'il y a une voiture de police derrière lui, mais il s'écrase au sol lorsque la voiture le percute : on ne sait pas ce qu'il a fait, mais il est clair que le fait qu'il ait la peau noire y est pour quelque chose. Pour faire court, les policiers saisissent son argent pour des motifs très spécieux (une loi américaine absurde le permet) et Terry va devoir chercher un moyen de le récupérer, car sans caution son cousin Mike reste en prison, et en En prison, il y a des méchants qui l'attendent avec des intentions pas vraiment nobles. Ce sera le début d'un long affrontement entre la marine et le chef de la police locale corrompu et ses acolytes.
Or, vous pensez à juste titre que, à l’instar des modèles cités plus haut, Crête rebelle fait partie de ces films dans lesquels un super combattant bat une ville entière à mains nues ou presque. Et si vous le pensez, vous auriez raison de le faire, car en fin de compte, celui de Saulnier est un film qui raconte exactement cette histoire. Et pourtant, ce qui est intéressant, c'est commec'est le cas.
Dès les premières scènes du film on comprend très bien que Terry Richardson est bien plus que ce que son physique massif mais agile laisse penser. Mais on comprend aussi que c'est quelqu'un qui utilise toujours sa tête et ses yeux avant ses mains ou ses armes. Celui qui est capable de rester calme, de raisonner, d'être froid et lucide, même lorsque l'on perçoit (et en cela il faut le féliciter) Aaron-Pierre) qu'en lui, et même autour de lui, l'agitation et le chaos sont évidents. Le plus : comme il est dit dans le film, Terry est instructeur. Mortel, mais toujours instructeur, quelqu'un qui n'a jamais vraiment combattu ou combattu sur le terrain et qui, pour cette raison aussi, considère le recours à la force comme le dernier recours lorsque le dialogue, ou la tentative d'abaisser les tensions et de résoudre autrement les conflits s'avèrent inutiles. . Pourtant (et ici, encore une fois, un bon Pierre), est toujours susceptible d’être perçue comme une menace mortelle.

Voilà alors Saulnier il construit son film exactement de la même manière qu'il a construit son personnage.
Rebel Ridge est un film nerveux et bourré d'adrénaline, mais longtemps implosé, retenu, qui génère une électricité nerveuse par la stase et l'utilisation tactique des angles de caméra, de l'étude des détails, de la direction des regards. L'action, perçue comme quasi constante, ne se manifeste dans son évidence physique qu'en quelques instants, capable d'une grande efficacité ainsi que d'une élégance martiale. Saulnier construit une histoire avec une intelligence stratégique, met en œuvre une planification minutieuse et une exécution rapide, précise et essentielle.
De cette façon Crête rebelle c'est un film plein de une tension constante, qui se déroule par petites avancées, déviations latérales, retraits apparents et attaques éclair. C’est pourquoi le fait que le titre soit la définition d’un théâtre de guerre, plutôt que l’un de ses acteurs, est particulièrement significatif.
Rebel Ridge est sec et essentiel également dans l'intrigue secondaire liée à la relation entre Terry et Summer, le jeune avocat en herbe au passé controversé qui devient un allié de la marine joué par AnnaSophia Robbqui fonctionne sans rhétorique inutile, tout comme l'affrontement indirect et direct entre Terry et le chef de la police corrompu joué par Don Johnson.
Et c'est aussi pour cette structure que Saulnier a voulu donner à son film que les dimensions politiques qui s'y remuent – du racisme à la corruption policière, en passant par certaines absurdités du système judiciaire américain – parviennent à résonner efficacement sans donner l'impression d'une être faux et sans jamais donner celui à faire Crête rebelle un film « à thème », mais seulement un produit de genre très solide qui acquiert précisément en tant que tel une valeur politique.