Bad Conscience de Davide Minnella est une comédie un peu sentimentale et un peu fantastique. Interprété par Matilde Gioli, Francesco Scianna et Filippo Scicchitano, il parle de libre arbitre, de maîtrise de soi, de courage et du poids du jugement des autres. L’avis de Carola Proto.
Lorsqu’une comédie embrasse l’élément fantastique ou tisse la romance dans une guerre des sexes drôle et pleine d’esprit, il est d’usage de l’appeler « non-italienne », anglo-saxonne ou même hollywoodienne. Avant d’aller trop loin, il ne faut tout d’abord pas confondre la comédie avec le film comique, qui serait alors un film avec un ou plusieurs comédiens dans lequel l’hilarité est déclenchée par des blagues. Divers titres de notre cinéma appartiennent et ont appartenu à ce dernier sous-genre, mais, sans s’embarrasser de la grande comédie italienne qui était quelque chose de très différent, disons que Mauvaise conscienceplutôt que d’avoir une empreinte étoilée ou britannique, est un film universel, et c’est parce qu’avec la légèreté qu’il faut, il aborde d’importants problèmes éthiques et dilemmes moraux, sans renoncer à poser quelques questions sur l’au-delà.
Mauvaise conscience ça commence dans un autre monde, où les consciences, 100% anthropomorphes, portent des salopettes bleues comme les ouvriers de Fiat et ne sont pas moins laborieuses que les abeilles et les fourmis. Chaque conscience observe, sur un moniteur, le comportement quotidien de l’individu qui lui est assigné et à travers un micro lui donne des conseils. Il y a ceux qui l’écoutent et ceux qui ne l’écoutent pas, et de toute façon, quand un être humain tombe amoureux, il est sourd à toute remontrance. Dans le film, il arrive que la meilleure conscience de toutes perde de vue son protégé Philippequi perd la tête pour Valentina, une fille avec une vie amoureuse désastreuse. Se faisant passer pour un ami de Philippe nommé Nicola et contrevenant aux règles de l’univers dans lequel il habite, la conscience de Philippe il se précipite alors sur Terre pour tenter de séduire Valentina et ramener Philippe avec sa Luisa, partie quelques jours après le mariage. Outre le fait que ceux qui vivent à Rome riront de découvrir où ils se trouvent Nicolales maladresses et les incertitudes du personnage le rendent immédiatement spirituel et ému mauvaise conscience, qui nous donne le gag phénoménal d’un trio fabuleux (Jean Esposito, Alexandre Bienvenue Et François Scianna), ce qui n’aurait pas été possible si même un seul des acteurs n’avait pas eu de timing comique. Et si au fil des années les deux premiers nous ont habitués à des situations cocasses, c’est vraiment sympa de constater à quel point le troisième peut être hilarant, que l’on a récemment associé au tourmenté. Carlo de la série Tout le monde à la maison va bienécrasé par des problèmes et hanté par un destin inquiétant.
En parlant de destin, les consciences disent qu’il n’existe pas, et que seule la volonté existe, mais les hommes, dans le film, sont considérés comme « bons » quand, au lieu d’exercer leur libre arbitre, ils se comportent comme des singes dressés, du moins au début. Mais quand l’équilibre se brise, tout change, et David Minnelle d’accord avec Albert Moravie en affirmant que « la conscience est la peur, l’insouciance est le courage ». Le premier à adopter cette philosophie, comme déjà mentionné, est Philippe, prisonnier du sens du devoir et de la maîtrise de soi. Il le joue magnifiquement Philippe Scichitano. Le garçon qui combinait tout dans Châle! il a beaucoup grandi, et à sa place on trouve un acteur sérieux, scrupuleux qui travaille très bien la soustraction. Pour lui, comme pour ses compagnons de plateau, Mauvaise conscience c’était l’occasion de s’impliquer humainement, et de comprendre jusqu’où va notre peur d’être jugé par les autres. ET Valentina comment doit-on le juger ? Valentina c’est la femme qui tombe toujours amoureuse de la mauvaise personne, surtout des hommes qui sont sur le point de se marier. C’est un personnage auquel on s’attache tout de suite, peut-être à cause de sa douceur et de sa fragilité, que l’on peut lire dans les grands yeux clairs d’un Mathilde Gioli très concentré, tendre et impulsif, non conformiste et peu sûr de lui.
Peut-être, en l’imaginant, Minnelle il a pensé à Sortie De Harry, rencontrez Sally, ou peut être pas. Ce qui est certain, c’est que le réalisateur a mis son amour du cinéma dans le film, ajoutant à sa « tortarella » – comme il l’appelle Nicola – un peu de Montagnards et un soupçon de ces films de science-fiction ou de super-héros dans lesquels le père décédé du protagoniste apparaît dans un cône ou un faisceau de lumière. Ici, la tâche revient à Drusilla Foerqui ne renonce pas à se poudrer même à cette occasion.
Nous voulons conclure en écrivant que David Minnelle accorder une grande attention aux détails, en choisissant soigneusement les interprètes des personnages secondaires – par exemple Gianfranco Gallo pour le rôle du père de Il sait – et s’assurer, pour le coup de Mauvaise consciencel’apport de Mottaqui lui offre la chanson inédite « Pour toujours ».