Examen de la toile d'araignée

Samuel Bodin, créateur et réalisateur de la série d'horreur Marianne (également sur Netflix) confirme qu'il a aussi son mot à dire avec ce premier long métrage axé sur l'horreur du familier. La critique de Federico Gironi sur Cobweb.

Un enfant timide, solitaire et victime d'intimidation. Une vieille maison isolée. Deux parents affectueux mais aussi stricts et quelque peu menaçants. Des bruits étranges qui viennent du mur, qui se transforment en une voix qui appelle l'enfant, et qui sont minimisés, voire niés, par le père et la mère. En rassemblant ces ingrédients, ainsi qu'en épousant le sombre conte de fées du Frères Grimm avec le J-Horreuravec une certaine horreur contemporaine à Sinistre et en général avec le sous-genre de maisons hantées, Araignée c'est certainement un film capable d'être immédiatement familier au spectateur.

L'adjectif n'est pas choisi au hasard, car la question intéressante de ce film réalisé par Samuel Bodin (celui qui avait déjà créé et réalisé la série d'horreur Mariannecelui-là aussi Netflix), la question qui précède toutes les questions formelles, même si elle est intéressante, et surtout avant toute éventuelle controverse sur une certaine dérivée et sur un troisième acte certes discutable sur le plan esthétique et scénaristique, est une question – en effet – familière . Au contraire, familier.
En gros, sans spoiler, ou sans en dire plus que ce que dit déjà la bande-annonce, Araignée parle d'un enfant, Paul (le Woody Normand De Allez Allez), qui est convaincu – ou plutôt : qui est convaincu par la voix de la petite fille qui vient de derrière le mur – qu'il est maman Lizzy Caplan et papa Antoine Starr sont plus qu'étranges ou un peu inquiétants. Ce sont de vrais monstres. Qu'ils s'apprêtent à lui faire ce qu'ils ont fait à la petite fille dans le mur.

Maintenant, la question ouverte par Araignéefilm certes à petit budget (nous sommes à 8 millions et demi de dollars), ouvertement et non sans une certaine fierté de série B, est une question finalement évidente, mais aussi éternelle et donc incontournable. Une question qui concerne notre relation avec ce qui est le plus proche de nous (famille, foyer) et qui parfois, à bien y regarder, semble cacher, peut paraître cacher, et parfois cache réellement, des secrets inquiétants.
Celui mis à l'écran par Bodinaprès tout, est un histoire de passage à l'âge adulte. Paul devra faire face à ses peurs, au côté obscur de chaque famille, et que cela soit réel ou non, en fin de compte, c'est une question qui n'enlève rien au porteur symbolique du défi il faut s'en occuper. Aussi parce qu'il ressort clairement de la fin que, comme nous tous dans notre vie, le pauvre Paul devra composer avec ce côté obscur pour le reste de sa vie, pour le bonheur des analystes.

Ce ne sont pas seulement les excellents choix de casting qui soutiennent l'intrigue et les thèmes de Araignéeavec Lizzy Caplan excellent comme toujours dans un rôle dérangeant et nuancé. Bodin démontre également sa capacité à gérer les temps, les modes, les tensions et les plans, composant des images fortes et évocatrices, parfois même vaguement expressionnistes, et réélaborant dans de nombreuses scènes (comme celle du cauchemar de Paul) le banal de l'horreur la plus connue dans des formes qui ne sont peut-être pas nouvelles, mais intéressantes et projetées dans le présent.
Puis bien sûr, ce troisième acte demeure : tellement exagéré et si éhonté, même en désaccord avec ce qui a précédé, qu'il fait presque aimer.
Presque.