Oui bien sûr, il y a de l’espionnage, de la poursuite et de l’action, mais ce dernier film de l’Anglais est avant tout une comédie. Une comédie d’acteurs, pourrait-on dire, face à la classe et au plaisir jamais caché de gens comme Hugh Grant et Aubrey Plaza. La critique de l’Opération Fortune par Federico Gironi.
Comment peut-on penser que quelqu’un, surtout si ce quelqu’un est Guy Ritchiepeut être grave si le nom qu’il a choisi pour le protagoniste de son film – qui est Jason Stathamet qu’il est un super agent mercenaire du renseignement – est Oscar Fortune?
« C’est un nom sexy. C’est »dit quelqu’un à Orson vers la fin du film. Pas par hasard.
Comment peux-tu penser que Opération Fortune est un film sérieux, avec cette intrigue de 007 de l’époque Mooreavec un méchant pas trop bronzé Atout orangeavec une star hollywoodienne (joué par Josh Hartnet) qui se débrouille pour gagner la confiance du méchant milliardaire orange qui, comme par hasard, est un de ses grands fans, un peu comme dans le Le talent de M. C?
Opération Fortune est plus une comédie qu’un thriller d’action, et le fait que dans le casting il y a cette très bonne actrice (pas seulement comédienne) qui est Place Aubrey c’est la confirmation. Alors bien sûr, cela ne veut pas dire que Ritchie, l’ancien temps, n’est pas capable de placer des scènes capables de suspense dans le film, ou pas de mauvaises courses-poursuites.
Mais il n’en demeure pas moins que le super espion Orson est de ceux qui, lors des nombreuses échauffourées dans lesquelles il se mêle, ne prend jamais un coup de poing, pas même par erreur, que l’ironie – explicite ou implicite – règne en maître dans pratiquement toutes les scènes, et que la jouissance que l’on ressent devant le film vient plus de cette légèreté de ton effrontée que des frissons de l’adrénaline.

Attention à ne pas confondre la légèreté de Opération Fortune – qui, comme mentionné, n’aime pas se prendre au sérieux – avec la bidimensionnalité de nombreux films peut-être similaires, dans une tentative de combiner humour et action, espionnage et comédie, que l’algorithme a cependant rendu anonyme, subtil, impalpable.
Ce ne sera pas tant, l’épaisseur du film Ritchiece qui est amusant divertissement, mais il y a une certaine personnalité. Jusque dans l’écriture, apparemment élancée, mais qui préfère le raffinement des monologues et des blagues aux grands bouleversements de l’intrigue.
Nous arrivons ainsi au point peut-être paradoxal : Operation Fortune est un film sur des acteurs. Si je voulais être snob je dirais que c’est un film sur le jeu d’acteurcomme en témoigne la parabole de Danny FrançoisLe personnage de Hartnett. Ou comme le démontrent, encore plus, et de manière plus explicite, deux scènes jumelles mettant en vedette Francesco et Greg Simmonds de Hartnett de Hugh Grant: une vraie scène mère, l’autre qui en fait une contre mélodie ironique au début du générique de fin

Voici, Hugh Grant. Sans trop enlever aux pauvres Hartnetqui fait son travail honnêtement sans jamais se surestimer, et sans rien enlever à l’habituel, rocailleux Jason Stathamou aux différents seconds rôles valables du film, L’opération Fortune appartient à Grant. À Grant et Aubrey Plaza.
C’est un plaisir de voir l’Anglais dans le rôle vicieux et un peu trivial, mais aussi un peu élégant, du marchand d’armes milliardaire Greg Simmonds, celui au visage orange, celui qui aime tout ce qu’il n’a pas, y compris celui qu’il croyait s’appelle Michaela, la fausse petite amie de Danny Francesco qui est en fait le bras droit d’Orson. Un Simmonds, qui pourtant, encore plus par Michaela, et par l’argent, est admiré par la star hollywoodienne avec qui il se lie sincèrement d’amitié.
Et c’est un plaisir de voir Place dans le rôle de Michaela, alias Sarah : personnage et interprétation qui ajoutent à la légèreté générale du film cette ironie tordue et égarée dont l’Américain est le maître incontesté.

Eux, tous, jouant dans ce film, se sont éclatés. Elle est visible à un kilomètre. Contrairement à de nombreux cas similaires, notamment concernant le cinéma italien, le divertissement n’est pas le leur seul, confiné au décor et à la surface de l’écran, mais il arrive, Opération Heureusement, à nous. Que nous restons infectés.