Examen des bas

Streaming sur Prime Video est la deuxième œuvre d’Emma Seligman, la réalisatrice de Shiva Baby, qui revient pour collaborer avec Rachel Sennott. Une comédie qui brise toutes les règles, une sorte d’Animal House pour la génération Z qui bouleverse le genre du film lycéen et vous fait mourir de rire. La critique de Federico Gironi.

Emma Seligman il a 28 ans. Il y a trois ans, avec son premier film intitulé Shiva bébé et trouve streaming sur MUBIa reçu des prix, des nominations et des reconnaissances, tous très bien mérités.
Ce film là-bas, Emma Seligmanj’en ai vu un très bon dans le rôle principal Rachel Sennottson pair et déjà protagoniste du court métrage du même nom dont elle Shiva bébé est né.
Maintenant Seligman et Sennott travaillent de nouveau (et, dans ce cas, écrivent ensemble) avec un nouveau film. Une nouvelle comédie intitulée Baset qui reprend tous les canons, règles et clichés d’un genre très codifié et reconnaissable commefilm de lycéeet les secoue et les claque et les renverse avec un esprit queer et féministe, mais surtout anarchique et irrévérencieux.
À tel point que ça te fait presque penser que Bas est l’équivalent pour la génération Z de ce qu’était Animal House (qui se déroulait également à l’université, mais bon…) pour les générations précédentes.

Si dans Shiva bébé Seligman, qui est juive et homosexuelle, s’était davantage concentrée sur son identité culturelle liée à la religion, en Bas la question de son lesbianisme est centrale.
Les protagonistes du film sont en fait deux filles, PJ et Josie (Sennot et le fantastique Ayo Edebiri De L’ours, un vrai talent), qui sont un peu les perdants par excellence de leur école : et pas (seulement) parce qu’ils sont gays, mais parce qu’ils sont « sans talent et moches ». Une fois en terminale, les deux amies se retrouvent avec audace à gérer une sorte de club de combat scolaire féminin, qu’elles font passer pour un cours d’auto-défense et de connaissance de soi, qui est en réalité pour elles le moyen de se rapprocher de la Bretagne et Isabel, les pom-pom girls dont ils ont toujours rêvé et qui les ont toujours snobés.

Seligman et Sennott prennent le film du lycée et le renversent et le sexedémantelant tout machisme et toute forme de regard masculin et racontant une histoire queer, qui parle certes d’une émancipation féminine qui passe par des voies fortes, ou plutôt très fortes, mais qui sont aussi suffisamment intelligentes et caustiques pour se moquer abondamment de celles qui ne le sont pas. seulement la rhétorique d’un genre qui a toujours été centré sur le désir masculin (ici nous ne sommes plus face à des nerds en quête de vengeance et de sexe, en effet oui, seulement cette fois ce sont des femmes, et non des hommes), mais aussi, d’autre part part, certains tics culturels des jeunes générations et ce qu’on appelle culture éveilléeet surtout les opérations superficielles et opportunistes qui naissent de certaines nouvelles vagues féministes sacro-saintes.

Citationniste sans expositions (il existe, pour donner deux exemples, Des éclats de folie Et Les jupes à la croisée des chemins), capable d’évoquer, de démonter et de reconstituer au moins quarante ans de cinéma américain fait de lycéens, de joueurs de football, de personnages marginalisés, de professeurs bizarres, de désirs sexuels et de troubles sentimentaux, Bottoms exprime une structure idéologique claire à travers une forme et une mise en scène surréalistes et joyeusement loufoques, très physiques et abstraites à la fois..
On dirait parfois presque l’esprit qui planait dans l’une des comédies les plus folles de ces dernières années, l’inédit Une soirée avec Beverly Luff Linn (récupérez-le), a investi la scène.

Entre ridiculisation de la masculinité la plus vulgaire et stéréotypée, peur masculine des femmes, exaltation de la sororité et libéralisation du désir sous toutes ses formes, entre nez cassés et footballeurs tués, celui de Bottoms, d’Emma Seligman et Rachel Sennott, est une anarchie vraie et salvatrice, saracastique.
Une anarchie qui a le grand avantage d’être si fière et si confiante qu’elle embrasse sans hésitation les tendances les plus extrêmes et les plus bizarres de la comédie, et est donc un film qui, avant tout, est vraiment drôle.

Kaïa Gerberfille de Cindy Crawford, et La Havane Rose Liu ce sont Brittany et Isabel, parfaitement fonctionnelles dans leur rôle tel qu’il est Nicolas Galitzine comme le quarterback vaniteux et enfantin Jeff, un thon de première classe.
Et attention à la musique, qui comprend « Compliqué » De Avril Lavigne et l’immense « Éclipse totale du coeur » De Bonnie Tylerutilisé ici dans l’une des plus belles scènes du film de manière totalement fonctionnelle et à la fois satirique face aux récents abus cinématographiques de cette chanson, et à ses conséquences sociales.


Regardez Bottoms maintenant sur Prime Video