Après Limbo, le réalisateur hongkongais revient à la Berlinale avec un film qui apparaît aux antipodes de celui-ci en termes d’esthétique, mais qui en reprend les contenus sombres. Mélange très libre de thriller, de film noir, de drame existentiel et de comédie clownesque, c’est une nouvelle confirmation du talent de son auteur. Revue par Federico Gironi.
Depuis quand le cinéma hongkongais ce n’est plus le cinéma de Hong Kong, entendu comme celui de ces deux décennies où il a été la plus belle chose du cinéma mondial, qui a porté haut le drapeau de l’ancienne colonie britannique restée Soi Cheangun grand talent qui est connu en Italie grâce au magnifique travail réalisé au Festival du film d’Extrême-Orient. À Udine, en effet, les films de ce réalisateur ont souvent été projetés, y compris des chefs-d’œuvre tels que Champ de bataille d’amour ou Les chiens mangent les chiensou la plus récente, belle Limbo. Et donc nous espérons que cela aussi Fées follescomme cela s’est produit avec Limbopeut passer de Berlinale au FEFF pour le plaisir des cinéphiles italiens.
Une énième confirmation du talent irrégulier et visionnaire de cet auteur, Fées folles il part de prémisses folles et délabrées, qu’il n’abandonne jamais, pour raconter une histoire qui se situe à la croisée des chemins entre un thriller, un noir, un drame existentiel et une comédie presque démente.
Cela commence dans un cimetière, où le protagoniste (une sorte de gourou névrosé-diseur de bonne aventure joué par Lam Ka Tung, très bien) tente d’accomplir un rituel en simulant la mort d’une jeune prostituée, pour la libérer d’un sombre destin. Mais le destin, comment Soi Cheang il va répéter à force de rebondissements tout au long du film, il a du mal à se faire avoir.
Le fait est qu’après ce rituel qui a mal tourné, notre Maître (comme on l’appelle dans le film) va finir par croiser son chemin, bien malheureux, avec un tueur de jeunes prostituées, une de ses possibles victimes, et surtout avec un demi -jeune homme fou par des tendances homicides mal cachées et réprimées. Et le combat du Maître contre le destin, à partir de ce moment, deviendra celui d’empêcher le garçon de commettre un crime, et que la fille soit tuée.
Soi Limbo c’était très sombre et en noir et blanc, Fées folles c’est très coloré, coloré aux couleurs ultra-saturées, mais quoique teinté de comédie clownesque, il raconte des personnages tout aussi désespérés et une ville violente et dégradée. Et si la fin est douce-amère, le poids de certaines choses, de certains choix, de certaines descriptions nous accompagne même une fois sortis du théâtre.
Mais ce qui vous frappe vraiment ici, c’est comment Soi Cheang est capable de gérer la schizophrénie du ton du film avec légèreté et naturel, avec l’air de quelqu’un qui se fiche complètement des éventuelles critiques et des nez plissés, et de bouleverser le feng shui du traditionalisme cinématographique. Qu’il s’agisse de brouiller la quinte de Beethoven ou d’en faire un disgracieux, dans tous les sens, CG chat noir l’un des détails les plus mémorables de ce film libre, complexe, voire philosophique, mais toujours hilarant.