Examen du lac Falcon

L’actrice Charlotte Le Bon fait ses débuts en tant que réalisatrice avec une histoire d’amour et d’adolescence tournée et racontée comme une horreur gothique. Avis de Federico Gironi sur Falcon Lake.

Il y a une maison dans les bois de Québec près d’un beau lac. Il y a deux adolescents : Bastien et Chloé, quatorze (presque) lui, seize elle. ET il y a un fantôme. Celui du garçon qui s’est noyé dans le lac des années auparavant, selon Chloé, qui ne parle que de ça ou presque, et qui fait semblant d’être mort tous les trois par deux. Le fantôme d’un amour, si vous me demandez : le fantôme de l’amour qui surgit effrayant et inquiétant entre ces deux garçons, le fantôme de ce qu’il pourrait devenir, ou de ce qu’il ne deviendra jamais.
Quel film étrange c’est, Falcon Lake. Bizarre, mystérieux et beau.
Étrange, car pour raconter une histoire d’entraînement et d’émotions, Charlotte Le Bon rejette tout romantisme traditionnel en passant par toutes les étapes obligatoires. Pas d’implications douloureuses ou ennuyeuses, mais des atmosphères suspendues et éthérées qui regardent non seulement l’abstraction de la sentimentalité d’un Rohmer sans mots, mais directement face au bouleversement de l’horreur. Peur et désir. Éros et Thanatos.
Lui donner Images 4:3 De Lac du faucondu grain de son 16mmles personnages sortent de l’ombre, retournent dans l’ombre, toujours accompagnés d’une présence inquiétante qu’ils ressentent, et que nous ressentons aussi.
Beaucoup cadeau, la présence, à prendre un poids psychologique et à préfigurer même un corps physique qui pourtant n’arrive jamais. Ou que s’il arrive, c’est le corps de la personne et de la situation qui brise une tension, qui fait craquer une magie, qui arrête un geste, qui fait pousser un soupir à mi-chemin entre soulagement et désolation.

L’amour est un fantôme, le désir de quelque chose de plus.
Le sexe entre enfin en scène, aussi glamour et effrayant que le tranchant brillant du couteau d’un meurtrier. Plus qu’un coutelas, c’est toujours un peu plus qu’un canif, en fait, mais ça coupe quand même. Saigne encore, a dit quelqu’un.
L’adolescence et ses remous sentimentaux et hormonaux n’est pas ici du romantisme franco-allemand, mais du gothique anglo-saxon. Une question d’ombres, de voiles, de silhouettes au loin qui effraient autant que le frisson de la proximité et du contact.
L’équilibre est délicat, mais stable. Charlotte Le Bon il sait ce qu’il veut et comment l’obtenir, il ne bave jamais, il ne perd jamais de vue le but. Sara Montpetit et Joseph Engel ils font tout ce qu’ils ont à faire, et ils le font bien, sans un mot ni un geste de trop.
Et nous sommes là, à les regarder, dans le conscience poignante et tendue que ce qu’ils cherchent, à leur manière, à saisir et à arrêter, sera destiné à leur échapper, évanescent au fil du temps, un été qui se termine, un souvenir flou, un amour destiné à devenir le fantôme de lui-même même.