Avec un excellent casting, arrive au cinéma un premier film italien, Doppio Passo, qui parle de rêves et de perdants. La critique de Daniela Catelli.
D’après le titre, Double pas joue avec l’ambiguïté et le double sens du terme : dans le football, cette expression désigne un dribble virtuose avec lequel on évite et désoriente l’adversaire avec des mouvements du corps. Dans la vie, le tour n’est pas toujours réussi, au contraire, il est plus probable que on devient victime de ses propres tentatives pour déplacer les obstacles qui se dressent devant lui. Il est singulier qu’un autre début récent, Gaucher naturel de Salvatore Allocca, a admirablement décrit sous forme de comédie amère l’incertitude du rêve du football comme rédemption pour un garçon et sa mère issus d’un milieu ouvrier. Mais en Double pas le football n’est finalement qu’une métaphore des projets de vie qui ne se déroulent pas toujours comme on l’espère et cette histoire d’illusion concerne un homme adulte, l’un des nombreux proches de la quarantaine, convaincu qu’il est un gagnant comme l’environnement l’exige et voué malgré lui à l’échec pour cause d’obsolescence, dans un monde de plus en plus pressé et qui a constamment besoin de viande nouvelle et jeune. En fait, si l’âge moyen de la population a augmenté en raison de l’évolution des conditions de vie, cela ne signifie pas que la condition physique et l’expérience comptent autant pour le monde du travail, notamment dans certains secteurs. Même un homme a sa date de péremption et celle d’un Capitaine, si ce n’est pas Totti, arrive probablement beaucoup plus tôt que pour les autres.
Double pas c’est l’histoire de Claudio, le capitaine de Carrarese, qui parvient à emmener son équipe de la série C à la série B. Exalté par les supporters et ses coéquipiers, habitué à une discipline d’entraînement physique et de contrôle mental de fer, l’homme est convaincu que son son contrat sera renouvelé avec un salaire évidemment adéquat pour la ligue supérieure et il décide quand même de penser à son avenir, étant donné qu’il n’est plus un enfant, réalisant son rêve d’ouvrir un restaurant avec son partenaire. Cependant, les familles ne peuvent ou ne veulent pas les aider en leur prêtant ce qui manque pour l’achat du lieu et Claudio décide donc d’accepter le prêt d’un ami, Sandro, le fils controversé d’un riche entrepreneur, convaincu qu’il peut rembourser la dette (sans intérêts) en plusieurs versements, en attendant un repêchage d’un club qui a encore besoin d’un talent de son âge et de son expérience. Mais les choses, on le comprend tout de suite, ne se passeront pas comme il le pensait, mettant en danger sa vie et celle de sa compagne et de son fils, au point de le pousser à l’extrême. À la fin Double pas il est teinté de nuances policières, mais ne va pas plus loin : il s’arrête là où commencerait un autre film, laissant Claudio à son sort insondable.
C’est un film à double visage comme son titre : d’un côté il affiche de grandes ambitions peut-être pas pleinement servies par un scénario assez prévisible, mais de l’autre il a l’avantage d’un beau regard sur les visages, les environnements (de des terrains de football aux carrières de marbre en passant par les paysages suisses), grâce à la capacité du réalisateur à rester proche des personnages avec la caméra, nous entraînant au cœur de leurs drames et de leurs émotions. Si on suit l’histoire avec intérêt c’est aussi grâce au protagoniste Giulio Beranek, un acteur encore trop peu utilisé par notre cinéma, qui raconte tout le voyage intérieur de Claudio avec une extrême crédibilité et une grande mobilité expressive. Il agit comme un digne homologue de lui Giordano De Plano, excellent comme à son habitude dans un de ces rôles menaçants et sinistres qui lui vont comme un gant. Le choix du casting a été très soigné, avec Valérie Billello dans le rôle de compagnon, Bébo Storti Et Fabrizio Ferracane dans deux rôles petits mais significatifs, pour ce qui semble être un début prometteur, dont nous espérons voir les fruits les plus mûrs à l’avenir.