Examen intérieur

Un film de haut concept avec un point de départ fort et intéressant qui se perd en cours de route. Peut-être parce qu’il vise trop haut et ne pense pas toujours à l’art, à la collection et à la richesse de manière appropriée. Revue par Federico Gironi.

À l’intérieur c’est un de ces films qui se définissent concept élevé. Autrement dit, un de ces films qui naissent d’un repère narratif clair et puissant, essentiel, puis décliné de manière à aborder un vaste spectre de thèmes.
Dans ce cas, l’idée derrière le film est simple : un voleur d’art fait irruption dans un penthouse très luxueux à New York, tout design et œuvres d’art d’une valeur énorme. Quelque chose ne va pas, les systèmes de sécurité deviennent fous, et le voleur se retrouve coincé dans la maison (le très riche propriétaire est au Kazakhstan pour inaugurer un gratte-ciel et qui sait quand il reviendra), essentiellement sans eau ni beaucoup de nourriture, et doit essayer pour survivre.
L’idée, née du réalisateur lui-même, le Grec Vasilis Katsoupispuis scénarisé par les Anglais Ben Hopkins, il y a. C’est fort, c’est aussi bon.
Les problèmes résident un peu dans la mise en scène, car l’obsession du détail et la dérive de plus en plus hallucinatoire qui s’ensuit ne sont pas précisément très bien gérées, et surtout dans la chargé de questions que Katsoupis a voulu charger sur un échafaudage qui pouvait fort bien soutenir, voire exalter, le genre pur, et qui au contraire était alourdi par des spéculations peu raffinées sur le sens de l’art, et peut-être même de la vie.

« Les chats meurent, la musique s’estompe, mais l’art reste ».
C’est la phrase qui ouvre et ferme ce film. La prononciation, l’une des rares, est le protagoniste Willem Dafoe; et son sens profond, ou sens présumé, nous ne le comprendrons qu’à la fin.
Dafoeprotagoniste anonyme (le dossier de presse l’appelle, Homerianly, Némo), est entré dans l’appartement pour enlever quelques tableaux en Egon Schiele (appelez-le stupide), restera entouré d’œuvres et d’objets dont le sens, dont la perception, dont l’utilité, même, va changer au cours de son Odyssée désespérée et immobile. Sa présence même dans la maison, ses actions, son désespoir, ses dévorations, dévastations, émouvantes, défécations, deviendront à leur manière, consciemment ou non, de nouvelles œuvres et de nouvelles installations.
L’art (du moins la collection privée) comme prison, l’art comme salut. L’art qui reste.
Bien ok.
Toutefois.

Toutefois Katsoupis l’artiste ne l’est pas. Son film d’art contemporain a une certaine abstraction froide et superficielle, et rien d’autre.
Non pas qu’ils doivent l’être, à Dieu ne plaise, mais ce qui s’échappe ici, dans À l’intérieur, c’est l’équilibre entre une sorte d’exploitation liée au genre, aux besoins du cinéma de divertissement, et au contraire certain de ses ambitions. Le résultat est celui d’une platitude émotionnelle et intellectuelle substantielle, qui cloue le film à une série de responsabilités dont il aurait autrement pu se soustraire prestement, ou astucieusement.
Car ce faisant, le film de Katsoupis elle apparaît répétitive sans jamais donner l’idée recherchée, celle de l’escalade vers quelque chose.

Et parce que, ce faisant, il pousse le spectateur à se poser des questions inconfortables (pour le film) : ok, le système est détraqué, la climatisation est devenue folle, mais pourquoi la lumière est-elle toujours là alors que l’eau est coupée ? Pourquoi le système d’irrigation fonctionne-t-il si l’eau est fermée ? Pourquoi notre héros ne demande-t-il pas de l’aide en écrivant « SOS » sur les immenses fenêtres de l’appartement, alors qu’il tente plutôt de le faire en demandant l’aide d’une femme de ménage qui ne pourra jamais l’entendre ? Pourquoi ses complices n’essaient-ils pas de le sauver ? Pourquoi une telle maison n’a-t-elle pas de système d’alarme pour avertir des dégâts, et pas de caméras de surveillance à l’intérieur ? A qui appartiennent toutes ces oeuvres ? Dois-je aussi collectionner l’art ? Avec quel argent ? Quelle heure est il? Quand est-ce que ça se termine ? Quel est l’intérêt de cette fin laissée ouverte avec trop de ruse exposée?